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7 octobre 2010 4 07 /10 /octobre /2010 21:46

livre_2010_10_adam_abri_de_rien.JPGMarie se sent continuellement à la limite de basculer, de ne plus rien contrôler, de virer du côté de ce qu'elle appelle elle-même sa "folie". Elle vit dans le nord, une ville triste et fouettée de vent aux falaises abruptes et accueillantes battues par la mer. Avec Stéphane, son mari, et leur deux enfants, Lise et Lucas. Un jour, en pleine période de répression anti-clandestins, le lendemain d'avoir assisté à un passage à tabac sur la plage, sans trop savoir pourquoi ni comment, Marie file dans un centre où se trouvent des réfugiés clandestins, qui attendent là avec l'espoir fou de rejoindre l'Angleterre. Elle y reviendra encore et encore, poussée par elle ne sait quoi elle-même, attirée, oublieuse alors de sa vie plan-plan qui ne la satisfaisait pas. Dans cette fuite éperdue, elle délaissera dans la souffrance mari et enfants, et pire : leur fera un mal inouï de par les sales rumeurs qui courront sur celle qui abandonne les siens pour aller vers ces "Kosovars"... Jusqu'à ce que...

 

J'ai pris ce livre au pif à la biblio, parce que je rangeais le bouquin d'Eliette Abécassis que je venais de lire et que celui-là était à côté, parce que j'apprécie souvent les choix éditoriaux des Editions de l'Olivier. Je n'avais jamais entendu le nom de cet auteur, ni le titre d'un de ses romans (je rappelle que je vis dans une vraie maison en simili-grotte...). J'ai donc découvert après qu'il est un des auteurs dans le vent du moment. Bien. D'accord. J'ai bien failli hésiter à avoir aimé ce livre, du coup. Mais décidément bof. Pas rvaiment non. Le style est percutant, on sent presque charnellement la fuite en avant de Marie, la ponctuation joue grandement (il manque les 3/4 des virgules, ce qui donne une très intéressante impression d'enchaînement rapide en même temps que de cassure des conventions, des limites, voire de la normalité), le ressassement continuel de la mort de sa soeur Clara, de sa jeunesse perdue, de son amour-haine pour ses enfants... Et en même temps, je ne saurais dire pourquoi, ça ne m'a pas touchée. Peut-être parce que l'abandon et la souffrance de ses enfants m'a trop portée à l'empêchée de m'identifier tant soit peu à Marie ou aux réfugiés qu'elle côtoie. Même dans les pires moments, si bien décrits pourtant, je ne suis pas entrée émotionnellement dans le récit. Peut-être l'ambiance trop froide, je ne sais pas. Bref, le tout m'a laissée quasi de marbre, rien ne m'a donné envie de compatir, sinon avec ses enfants, l'histoire ne m'a pas emballée plus que ça, même si la seconde moitié m'a semblée plus vivante, plus juste aussi, quand le tourbillon de l'esprit de Marie prend de la vitesse...

 

Cela dit, dans l'ensemble, ça peut faire réfléchir à la valeur des choses, à nos idées reçues ou préconçues sur le fait que telle ou telle situation est plus dure que telle ou telle autre, sur nos vies, nos choix fondamentaux si différents d'autres, nos rejets spontanés, nos propres engagements, et nous y faire réfléchir d'une manière très particulière, puisque l'auteur, ici, ne prend pas parti, ne juge rien ni personne (même pas les flics ou l'inhumaine justice), même pas au travers de la voix de Marie, sa narratrice... Libre champ d'y lire ce qu'on a envie d'y voir, style impeccable et maîtrisé ; qu'on aime ou pas, le talent de plume me semble incontestable. Je ne sais pas pourquoi je n'ai pas plus accroché (mais suffisamment pour que j'aille au bout quand même, même si je me suis demandé à plusieurs reprises si je n'allais pas le poser...).

 

______________________

Quelques extraits :

 

page 35 : [...] et je voudrais bien savoir si un jour les enfants se remettent de ce genre de choses. De ça et du pire à venir. A mon avis, non. Personne ne se remet jamais de rien. Il suffit de regarder les gens autour de nous. Ici et ailleurs. Dans la rue, dans les maisons, partout. Ce que chacun trimballe de casseroles, et qu'on enterre avec soi.

 

page 49 : Je les observais en coin, j'aimais les voir bouger, les entendre, comme un vampire je buvais un peu de leur sang vif, je me goinfrais de leur beauté bizarre. Je les regardais et j'avais tellement de mal à me souvenir que j'avais été comme eux un jour. Vivante à ce point je veux dire.

 

page 50 : Pourquoi la vie nous abîme à ce point ? Cette foutue dent qu'elle a contre nous est-ce qu'on a vraiment mérité ça ?

 

page 151 : Ma vie était la leur, leur vie était la mienne, rien ne nous distinguait vraiment, rien ne distingue jamais vraiment personne. Le noyau dur est trop dur. Ici à l'abri des maisons, et partout ailleurs en France, toutes les vies se ressemblent. Se lever se nourrir travailler manger voir des amis aller au cinéma regarder la télévision passer voir sa mère s'occuper des enfants faire ses comptes les magasins l'amour tout est profondément pareil. A quelques détails près. Des variations mineures.

 

page 175 : Des mots sont sortis de ma bouche que je ne connaissais pas, qui ne m'appartenaient pas. Ils sortaient sans que j'y pense, les uns derrière les autres, comme si quelqu'un à l'intérieur de mon ventre et de mon crâne les prononçait pour moi. Jamais plus qu'à ce moment prévis, qu'à aucun moment de ma vie je n'ai eu la sensation de me tenir à ce point au bord de ma folie.

 

page 185 : J'ai pris ses mains dans les miennes et je les ai serrées fort. J'ai fixé son visage un long moment, comme si je voulais m'en souvenir longtemps après. Ses yeux luisaient d'un éclat fiévreux et son visage un peu rond, ses traits lisses et doux, c'était sûrement la dernière fois que je les voyais. J'ai pensé ce type va mourir. Ce type va mourir et laisser une femme, une enfant, ce type va mourir parce qu'il voulait les rejoindre à Manchester. J'ai pensé que moi pour aller à Manchester je n'avais qu'à prendre le train et que lui allait mourir.

 

_____________________

A l'abri de rien, Olivier Adam, 2007, 219 pages

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Plouf_le_loup - dans Livres
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commentaires

Dilou 08/10/2010 23:01



Je l'avais lu pour mon comité lecture, j'ai failli le laisser tomber à 2 ou 3 reprises, mais finalement je voulais savoir comment tout cela finissait. Bilan mitigé, je n'ai pas aimé ni detesté,
ce n'est pas un livre que l'on referme sans se poser de questions mais je n'ai pas été conquise à 100% ....



Plouf_le_loup 09/10/2010 05:55



ah ben tout pareil !



zazimuth 08/10/2010 20:00



C'est un auteur qui a aussi écrit pour les ados publié dans la collection Médium à l'ecole des Loisirs. Souvent des thèmes sombres genre le suicide...



Plouf_le_loup 09/10/2010 05:53



Oui, j'ai lu ça sur sa biographie !


Mais ce livre ne m'a donné envie d'aller plus loin...



mère à la noix 08/10/2010 09:15



Je comprends très bien ce que tu veux dire avec "pas envie de compatir" pour cette femme ...  Mais j'aime lire Olivier adam pour me faire peur, parce que justement il décrit très
justement le côté sombre, inavouable des gens ordinaires. Et, contrairemant à ce quil nous ait donné de voir chez nos amis, voisins ... chez ses personnages le côté sombre
voit  le jour, un beau matin ordinaire ... Moi je pense souvent à plaquer mari et enfants, comme ça sans rien emmener. Moi, face à la mer, je me vois avancer dans l'eau toute
habillée jusqu'à plus tête ... Des images fugaces, mais qui reviennent souvent, quand j'en ai plus marre que d'habitude. 


Olivier Adam parle de moi à la manière d'un chirurgien ... Et j'aime qu'on parle de moi ! Même si les mots du chirurgien sont un peu froids...


Voilà à nouveau plein de billets chez toi qui me donnent matière à commenter. Merci, cela épanche ma soif d'écrire quand je n'ai rien à dire chez moi !  


  



Plouf_le_loup 09/10/2010 05:42



de rien pour les billets !


Oui, il parle du côté sombre et déjanté de chacun de nous (moi c'est plutôt avec mon auto qu'avec la mer ;-) ). Mais pour ma part, j'ai pas spécialement envie qu'on parle de ça sans fantaisie ni
humour ni compassion, enfin sans émotion quoi. Ce livre, et je crois que c'est LE truc qui rippe avec moi (j'ai pris le temps d'y cogiter un peu depuis) se prend horriblement au sérieux
(même si le sujet s'y prête puisque très grave), et est pour moi trop chirurgical, comme tu l'évoques.



LaMaman 08/10/2010 08:48



C'est fou comme chaque fois qu'on saisit un bouquin, on y cherche toujours matière à s'identifier, à trouver des réponses...Et souvent, au bout du compte, c'est la déception!


C'est peut-être pour ça que je fais dans les "classiques". Les préjugés me semblent tellement lointains que ça ne peut pas m'affecter tout juste me réjouir du chemin parcouru.


Et puis les personnages de la littérature moderne me paraissent tellement " vides et "ordinaires" à côté de nos vies à nous !


Mais je ne sais pas pourquoi, celui-ci je vais le lire et je te dirai ce que j'en ai pensé.


Bonne journée


ValérieJ



Plouf_le_loup 09/10/2010 05:48



Ah oui, merci, je serais bien contente d'avoir ton avis sur celui-là !


C'est sûr qu'à côté de nos "vraies vies", les personnages modernes ne sont pas toujours passionnants, et ont souvent des petits nombrils bien torturés pour pas grand chose au final... En même
temps, ça dépend encore et toujorus des personnages et surtout de la façon de les mettre en scène. Je trouve que les perosnnages du Complexe du Hérisson, par exemple, sont très attachants, et que
beaucoup de personnages de Nothomb ne sont ni fades ni ordinaires, tout ets peut-être dans le style. Mais là encore, les "classiques" sont certainement le dernier refuge, quand écrire n'était pas
un acte quotidien et spontané mais qu'on y mettait du travail et du soin...



Dorémi 07/10/2010 23:27



Je n'ai pas lu ce livre mais il a inspiré le film Maman est folle, quatre fois primé à
La Rochelle, et coscénarisé par Olivier Adam.


Et pour en savoir un peu plus sur l'auteur : http://www.rue89.com/2007/08/25/a-labri-de-rien-olivier-adam-parmi-les-ombres-de-sangatte


Je t'embrasse,


Dominique


 


 



Plouf_le_loup 09/10/2010 05:44



merci pour les liens  (mais à vrai dire, je n'ai pas beaucoup de temps ces temps-ci, et pas envie d'en prendre
pour approfondir ce livre que je n'ai pas aimé)



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