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8 janvier 2011 6 08 /01 /janvier /2011 08:09

livre_2011_12_page_comment_suis_devenu_stupide.jpgL'histoire :

Antoine se trouve intelligent, trop intelligent, il pense que c'est cela qui lui gâche la vie et l'empêche d'être heureux, alors il décide d'y remédier... Après une tentative pour devenir alcoolique (assez drôle, l'humour dont parle la 4ème de couverture -clic ci-contre- est dans ce passage, et uniquement dans ce passage... après, il y a bien quelques maigres saillies d'humour bobo parisien, mais rien de très probant), puis un renoncement face au projet de suicide, il décide de venir stupide. bien entendu, il aura pour ça l'aide de la médecine chimique et devra doubler (et jusqu'à quadrupler) les doses, vu son exceptionnelle et incommensurable intelligence...

 

Mon avis :

Soyons clair : ce livre est nul. C'est dommage parce que le thème aurait pu être passionnant, et les analyses sont parfois justes, même si elles enfoncent un peu des portes ouvertes. Même au second degré, il manque cruellement d'humour, ou alors tellement lourdingue qu'il n'en est même plus drôle. Il est très court, donc je suis allée au bout, et puis je voulais savoir si à un quelconque moment on avait le moindre signal, parce que je me suis demandée à chaque page si c'était du second degré ou pas, ça n'y ressemblait pas, mais le propos était tellement grossier (sur le plan intellectuel et humain, pas du tout ordurier en vocabulaire) que ça me semblait incroyable... Je n'ai d'ailleurs toujours pas tranché la question.

Ce livre est mal construit, répétitif, un peu creux, convenu, et pourtant d'une rare prétention. On dirait un écrit d'un de ces adolescents blasés qui critiquent tout ce qui est d'apparence "normale" ou "ordinaire" sans discernement, pour se sentir exister, en pensant que ça donne un air intelligent. Ici, le narrateur (l'auteur aussi ? c'est bien la question que je me suis posée tout le long du livre...) confond apparence et réalité, et amalgame intelligence, culture, curiosité, hyperconscience et excellence académique, en utilisant absolument tous les clichés du genre : immaturité qui n'a aucune conscience d'elle-même, incapacité à s'habiller correctement (et même vanité de ne pas le faire), pauvreté, surabondance de diplômes inutiles, bonté d'âme, et puis cet insupportable chouinerie permanente "ouin ouin ouin, je suis une pauvre petite victime de ma super grande intelligence, ouin ouin, c'est si dur d'être à ce point supérieur aux autres, ouin ouin, je voudrais tellement être heureux d'être bête comme tout le monde"... Le narrateur passe son temps à flatter le héros de qualités (compréhension, tolérance, bienveillance, etc. tous ces blabla à la mode) que les faits racontés bafouent à chaque page, n'arrête pas de dire combien il est intelligent, mais on ne croise cette intelligence que dans les propos des autres et dans ses prétentions, etc.
Bref : un livre prétentieux à l'extrême, pédant, creux, qui essaie de déguiser une phénoménale condescendance et un gros complexe de supériorité en fausse modestie, manichéen n'importe comment, d'une "intelligence" qui n'est qu'une pose convenue et maniérée.

En plus, quasi aucun personnage n'est crédible (quoi que j'en aie déjà connu des dans ce genre...), les situations ne tiennent pas debout pour les trois quarts, tout n'y est que clichés et caricatures vengeresses, bref : tout son intérêt réside dans sa prétention injustifiée. Poussée à ce point, ça devient une curiosité à lire !

 

La copine qui m'avait conseillé ce livre il y a quelques années disait s'y reconnaître, combien c'était bon de se sentir comprise, etc. Ben moi, j'ai beau avoir été une enfant précoce et être aussi une personne ordinaire (comme quoi, contrairement à ce qu'il affirme avec morgue, c'est possible, le monde humain n'est pas juste coupé en deux ensembles de comportements inconciliables et choix bien distincts...), je ne me suis reconnue que dans de vagues détails épars et très rares... Contrairement à ce que semblent penser le héros et le narrateur (l'auteur ?), ça n'est pas son intelligence qui en fait un être unique, mais sa présomption.

 

Edit : à la réflexion, ce livre aurait pu être une critique convenue mais sympathique de notre société. Ce qui m'a profondément agacée, outre cette continuelle condescendance prétentieuse, c'est qu'il semble que l'intelligence se définisse ici par une certaine morale et des choix de vie. En gros : est stupide celui qui ne fait pas les mêmes choix que lui. Et l'improbable galerie de portraits d'amis atypique là pour démontrer une prétendue tolérance est vaguement pathétique et inconsistante... argh ! je revenais essayer d'en dire du bien, mais mon agacement reprend le dessus ! Comme quoi, ça touche quand même un point très sensible...

 

*********

quelques extraits, volontairement choisis pour ne pas enfoncer encore plus le livre, dans lequel il y a quand même aussi quelques jolies phrases de petite poésie quotidienne :

 

incipit : Il avait toujours semblé à Antoine avoir l'âge des chiens. Quand il avait sept ans, il se sentait usé comme un homme de quarante-neuf ans ; à onze, il avait les désillusions d'un vieillard de soixante-dis-sept ans.

 

pages 13-14 : Observant combien la pensée des personnes saoules était vague et détaché de tout souci à l'égard de la réalité, combien leurs phrases se satisfaisaient de l'incohérence et , pour couronner le tout, qu'ils avaient l'illusion de débiter de superbes vérités, Antoine décida d'adhérer à cette philosophie prometteuse.

 

page 30 : Le silence développa ses garndes et fragiles ailes de papillon dans la chambre. Le soleil avait disparu pour laisser place à la pluie et au gris. C'était un mois de juillet qui lisait la partition de mars.

 

page 39 : Antoine ne voulait pas vivre, c'était certain, mais il ne voulait pas mourir non plus.

 

page 45 : "Il y a des gens à qui les meilleures choses ne réussissent pas. Ils peuvent être habillés d'un costume en cachemire, ils auront l'air de clochards ; être riches et endettés ; être grands et nuls au basket.[...] l'intelligence est une tare."

 

page 49 : "Tout le monde a des choses à dire sur les femmes, les hommes, les flics, les assassins. Nous généralisons à partir de notre propre expérience, de ce qui nous arrange, de ce que l'on peut comprendre avec les faibles moyens de nos réseaux neuronaux et suivant la perspective de notre vision. C'est une facilité qui permet de penser rapidement, de juger et de se positionner. Cela n'a pas de valeur en soi, ce sont des signaux, des petits drapeaux que chacun agite.[...]"

 

page 92 : Antoine ne se rappela pas qu'il avait toujours su que c'est toujours soi que l'on corrompt le plus facilement.

 

page 102 : Elle souriait d'une méchanceté triste.

 

**********

Comment je suis devenu stupide, Martin Page, 2002, 125 pages

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Plouf_le_loup - dans Livres
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commentaires

Un zèbre 09/10/2016 00:24

Ce n'est pas une question d'être plus intelligent que les autres, c'est juste que c'est un handicap car il pense sans arrêt, le vélo dans sa tête tourne en continue, il a un mode de pensée dit en arborescence, caractéristiques des personnes surdouées. Un surdoué n'est pas plus intelligent qu'un autre, il pense juste différemment et à une plus grande sensibilité, il doute beaucoup de lui et aimerait pouvoir parler de la pluie et du beau temps comme tout le monde. Lisez "trop intelligent pour être heureux" de Jeanne Siaud Facchin, d'ailleurs elle utilise le mot zèbre plutôt que surdoué qui nous laisse penser que c'est un plus.

Plouf le loup 10/10/2016 08:03

Bonjour, merci pour votre avis. Je ne le partage pas. Il se trouve que je suis concernée, mon mari et mes 3 enfants aussi (testés trèèès au-dessus de la limite surdouement, dont même un qui met les tests en échec, pas mesurable, au-dessus des courbes prévues), et que j'ai trouvé ce livre pénible quand même. Je ne suis pas d'accord non plus avec toute cette victimisation à la mode, ni avec ce vocabulaire de circonvolution que je trouve bien pédant juste pour se faire croire qu'on ne se la pète pas. On peut tout à fait ne pas se la péter (vous sentez mon sarcasme ?) tout en ne cherchant pas à se distinguer par un vocabulaire spécifique.
Que ça soit un plus ou pas est avant tout un choix personnel, même si ça peut demander un effort énorme à certains plus qu'à d'autres. Même les gens normaux font des efforts...
Et non, pas d'accord pour appeler ça un handicap, il faut vraiment ne pas avoir été et ne pas être concerné par un VRAI handicap pour avoir cette indécence.

la belle bleue 09/01/2011 12:43



Si ce n'est pas trop tard, évite de trop lire ce qu'on dit dessus et passe directement au roman. C'est le phénomène inverse, l'idiot congénital qui devient intelligent, avec toute la prise de
conscience du monde dans lequel il vivait. C'est un peu tristounet, mais j'ai beaucoup aimé ce livre.



Plouf_le_loup 11/01/2011 14:04



Merci du conseil. Je n'ai rien lu dessus, j'ai juste vu qu'il y avait eu un film, mais je n'ai même pas lu en entier le lien que tu as donné, juste lu le début et survolé le reste. Oui, je me
réserve pour si je trouve le bouquin =^.^=



la belle bleue 08/01/2011 20:25



Sur le thème très grande intelligence/très grande stupidité, il y a l'excellent "Des fleurs pour Algernon" ( http://fr.wikipedia.org/wiki/Des_fleurs_pour_Algernon ).



Plouf_le_loup 09/01/2011 09:44



Je ne connais aps, je vais aller voir ça, merci =^.^=



Emmanuelle 08/01/2011 18:01



D'accord avec toi, j'ai trouvé ça....inutile, nul comme tu dis.


Un titre aussi bon pour un livre aussi plat. J'ai été, comme toi, très déçue.



Plouf_le_loup 09/01/2011 09:44



Ah ben ça me fait plaisir qu'on soit 2 !



zazimuth 08/01/2011 14:48



J'ai commencé le premier chapitre du livre de Kent et je pense que ça va me plaire.



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