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19 septembre 2011 1 19 /09 /septembre /2011 07:41

livre_2011_09_keyes_fleurs_pour_algernon.jpgLa dernière fois que j'avais lu un roman sur l'"intelligence", c'était Comment je suis devenu stupide de Martin Page (clic pour aller à ma critique), et c'était vraiment d'une nullité intersidérale. Dans les commentaires, La Belle Bleue avait parlé de Des Fleurs pour Algernon. Il était tentant, pas cher, je l'ai acheté. Il a traîné longtemps sur ma commode, et puis je me suis décidée... Et je n'ai qu'une chose à dire : MERCI La Belle Bleue ! Je me suis régalée !

 

l'histoire :

Charlie Gordon est ce qu'on appelle un "attardé mental". Il a une trentaine d'années, travaille dans la boulangerie appartenant à son "protecteur", va dans un cours du soir pour adultes arriérés, et il a une volonté farouche de devenir "un téligent", on apprendra pourquoi en même temps que lui, à mesure qque la mémoire lui reviendra. Car le livre débute alors que Charlie va entrer dans une expérimentation scientifique, une opération pour le rendre intelligent (en réalité lui faire avoir un QI phénoménal, mais ne nous arrêtons pas à ce détail formel qui serait un raccourci mensonger, puisque justement le livre ne tombe pas dans cet écueil), et le roman est composé de l'ensemble des compte rendus que Charlie va écrire tout au long de l'expérience, à destination des chercheurs qui vont les décortiquer et en faire un des éléments de mesure de l'éveil de l'intelligence de Charlie. Algernon, c'est la souris de laboratoire qui a déjà subi cette opération avant lui et résoud maintenant des labyrinthes très complexes. Au début rivaux, il se nouera vers la fin une belle complicité entre Algernon et Charlie... quand les choses tourneront mal...

 

Ce que j'en pense :

Un livre formidable ! Sensible, ultra crédible, avec juste ce qu'il faut de convenance. En quelques pages, je suis entrée à 100% dans l'histoire, accompagnant Charlie dans ses découvertes, ses naïvetés, son incrédulité, ses difficultés, sa découverte que l'intelligence formelle n'est pas tout dans la vie, sa redécouverte de son passé enfoui et oublié, l'acceptation du ratage. Charlie est très attachant, sincère voire brut de décoffrage, et son regard sur l'image que lui renvoient les autres, en confrontation avec l'image qu'il nous donne à nous au travers de ses compte rendus, est captivante et si finement juste.

Je me suis interrogée au début sur le bienfondé de l'association orthographe-intelligence, mais finalement, la façon dont est faite cette association est parfaitement logique et crédible, surtout avec une vision d'ensemble sur le livre. Bien entendu, ça n'est pas le seul signe tangible de ce qui change en Charlie. Et ces changements sont passionnants, fascinants !

Après, on peut, au passage, s'interroger sur beaucoup de sujets. Les moeurs du temps, le traitement social du handicap mental (le roman est fait de telle façon qu'il pourrait aussi  bien se passer aujourd'hui), la signification de l'intelligence et son importance relative, les choix éducatifs, le respect d'autrui, la fatuité de la science quand elle devient performante, l'utilité du changement, le déterminisme, les risques liés à une changement aussi radical (Charlie se dédouble en "le Charlie d'avant" et celui d'aujourd'hui), le décalage des apprentissages, etc. Et les réponses, y compris celles de l'auteur, à mon avis, ne sont pas forcément celles qu'on pense lire dans le livre au premier abord...

Vraiment un livre formidable que je ne peux que recommander pour ne pas en dire trop !

 

Si vous voulez en savoir plus : article Wikipedia (je viens seulement de le lire, je ne voulais pas risquer de me gâcher la surprise du roman, et j'ai bien fait, parce que l'article dit vraiment tout... donc si le roman vous tente vraiment, je ne vous conseille pas trop l'article ;-) ).

 

Ce livre est à moi, donc s'il vous tente, il peut circuler, la seule condition est qu'il revienne, bien entendu.

 

***

Feuilletons ensemble quelques extraits...

 

incipit : Conte randu n°1                3 mars. Le Dr Strauss dit que je devrez écrire tout ce que je panse et que je me rapèle et tout ce qui marive à partir de mintenan. Je sait pas pourquoi mais il dit que ces un portan pour qu'il voie si ils peuve mutilisé.

 

pages 27-28 : Une fois il y a longtemps j'avais demandé à Joe Carp comment il avait apris à lire et si je pourais aprendre à lire moi aussi. Il a ri comme il fait toujours quand je dis quelque chose de drôle et a dit Charlie pourquoi perdre ton temps. Ils ne peuvent pas mettre de la cervelle où il n'y en a pas. [...] et Franck a ri et il a dit ne va pas devenir tellement savant que tu ne voudras plus parler à tes vieux amis. J'ai dit je crains rien je garderai toujours mes vieux amis même si je peux lire et écrire. Il riait et Joe Carp riait mais Gimpy est arivé et leur a dit de retourner faire des petits pains. Ce sont tous de bons amis pour moi.

 

page 46 : Je ne sais donc toujours pas ce qu'est un Q.I. et tout le monde en donne une définition différente. Le mien est d'environ 100 actuellement et il va bientôt dépasser 150 mais il faut encore qu'ils m'emplissent avec quelque chose, comme le verre à mesurer. Je n'ai rien voulu dire mais je ne vois pas, s'ils ne savent pas ce que c'est ni c'est, comment ils peuvent savoir combien on en a.

 

page 62 : Maintenant, je comprends que l'une des grandes raisons d'aller au collège et de s'instruire, c'est d'apprendre que les choses auxquelles on a cru toute sa vie ne sont pas vraies, et que rien n'est ce qu'il paraît être.

 

page 91 : Mon intelligence a creusé comme un fossé entre moi et tous ceux que je connaissais et que j'aimais, et j'ai été chassé de la boulangerie. Je suis maintenant plus seul que jamais auparavant. Je me demande ce qui se passerait si l'on remettait Algernon dans la grande cage avec quelques-unes des autres souris. Est-ce qu'elles la traiteraient en ennemie ?

 

page 120 : C'est drôle, à propos de Guarino, je devrais lui en vouloir pour ce qu'il m'a fait et pour avoir exploité Rose et Matt, mais je ne le peux pas et je ne sais pourquoi. Après la première visite, il a toujours été gentil avec moi. Toujours la petite tape sur l'épaule, le sourire, le mot encourageant que je ne recevais que si rarement.

Il me traitait -même alors- comme un être humain. Cela peut sembler de l'ingratitude, mais c'est l'une des choses qui me déplaisent ici - cette manière de me traiter comme un cobaye. Les rappels constants de Nemur de m'avoir fait ce que je suis ou qu'un jour il y en aura d'autres comme moi qui deviendront vraiment des êtres humains.

 

page 127 : Suis-je un génie ? Je ne le pense pas. Pas encore en tout cas. Comme dirait Burt, en parodiant les euphémismes du jargon des éducateurs, je suis exceptionnel - terme démocratique utilisé pour éviter les étiquettes infamantes de doué ou de faible (qui signifient brillant ou attardé), mais dès qu'exceptionnel commencera à avoir quelque signification pour quelqu'un, on le changera. Il semble que la règle soit de n'utiliser une expression que tant qu'elle ne signifie rien pour personne. Exceptionnel s'entend aussi bien pour un extrême que pour l'autre, si bien que j'ai été exceptionnel toute ma vie.

 

page 173 (il rapporte des propos) : Où que j'aille, il y a toujours des panneaux. Interdit de stationner ! Interdit de stationner ! Je ne peux tout de même pas m'embêter à lire les panneaux chaque fois que j'ai envie de descendre de ma voiture.

 

page 181 : Ce soir-là et les jours suivants, je me plongeai dans des manuels de psychologie : clinique, personnalité, psychométrie, éducation, psychologie expérimentale, behaviourisme, gestaltiste, analytique fonctionnelle, dynamique, organiciste et tout le reste des écoles, des groupes, des systèmes de pensées encians et modernes. Ce qui est déprimant, c'est de découvrir à quel point, en formulant les idées sur lesquelles ils fondent leurs concepts de l'intelligence humaine, de la mémoire et de la faculté d'apprendre, nos psychologues prennent leurs désirs pour des réalités.

 

page 202 (propos rapportés) : Nous n'avions aucun contrôle sur ce qui arriverait à ta personnalité, et d'un jeune homme arriéré, mais sympathique, tu es devenu un salopard arrogant, égocentrique, antisocial.

 

page 203 : ici, dans cette Université, l'intelligence, l'instruction, le savoir sont tous devenus de grandes idoles. Mais je sais maintenant qu'il y a un détail que vous avez négligé : l'intelligence et l'instruction qui ne sont pas tempérées par une chaleur humaine ne valent pas cher.

 

page 234 : J'ai fini de courir dans le labyrinthe. Je ne suis plus un cobaye. J'en ai assez fait. Je veux qu'on me laisse tranquille maintenant.

 

***

Des fleurs pour Algernon, Daniel Keyes, traduit de l'américain (Flowers for Algernon) par Georges H. Gallet (et quelle traduction !!), 1956, 252 pages. Prix Hugo de la meilleure nouvelle 1960, prix Nebula du meilleur roman 1966.

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Plouf_le_loup - dans Livres
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commentaires

Dilou 22/09/2011 22:09



Ah tiens le titre me disait qqchose, j'ai donc lu le résumé et nous avions dû le lire au collège (je ne sais plus en quelle classe par contre). Je n'avais pas aimé, mais je pense que j'étais
encore un peu "jeune" pour apprécier. Du coup tu me donnes envie de le relire, faut que je regarde si je l'ai encore dans ma bibli, sinon je le prendrai à la médiathèque.



Plouf_le_loup 23/09/2011 08:02



Ah oui on l'a eu au collège ?! Rhô bah je n'en ai aucun souvenir... Ou alors peut-être que cette année-là on n'était pas dans la même classe (on n'a plus été ensemble à partir de la 5ème, non ?
je sais plus)...



Léa 21/09/2011 21:30



Je l'avais lu au collège (il faisait partie d'une liste de livres à lire pendant les vacances) je l'ai gardé et j'ai aimé le relire.


J'ai vu une adaptation au cinéma mais je n'ai pas du totu été convaincue, impossible à mon sens de l'adapter correctement à l'image.


Assurément un livre très sympa à lire.



Iza 21/09/2011 10:26



Rajouté sur ma liste ! J'en ai toujours entendu beaucoup de bien.



Catherine 19/09/2011 12:06



ça me fait penser au film " le cobaye"... sauf qu'en bouquin c'est toujours mieux ( enfin à mon avis )... en tout cas, tu m'as donné envie de le lire :)


Catherine



Plouf_le_loup 19/09/2011 14:24



Oui il paraît que les deux histoires sont très proches (le Cobaye, de Stephen King, même si apparemment ce dernier a renié complètement le film qui en a été fait, est d'écriture beaucoup plus
récente =^.^= )



la belle bleue 19/09/2011 09:42



Dans le genre de livre dans lequel le narrateur est une personne "hors normes" , j'ai beaucoup aimé le bizarre incident du chien pendant la nuit de Mark Haddon. J'ai trouvé l'aventure de ce jeune
autiste de 15 ans qui mène une enquête tout seul aussi palpitante que celle d'un Indiana Jones. Est-ce que tu connais ?



Plouf_le_loup 19/09/2011 14:16



Oui je connais ;-) Je l'ai lu il y a longtemps, j'ai cherché sur mon ancien blog, mais en fait je n'ai trouvé qu'une citation rapide (là :
http://ploufsurterre.canalblog.com/archives/2009/04/10/14263175.html ), pas de critique, donc je l'avais lu avant de tenir un blog. J'en garde un très bon souvenir =^.^=



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