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13 novembre 2010 6 13 /11 /novembre /2010 08:18

livre_2010_11_kent_gens_imparfaits.JPGDepuis une quinzaine d'années, j'aime beaucoup Kent, le chanteur-auteur-compositeur. Pas spécialement dans sa version Star Shooter (quoique je n'aie rien contre, vu que vraiment j'aiiiiiiiime sa voix !!), mais surtout dans sa version immédiate, ses albums solo (j'en ai toujours plusieurs à portée de main d'ailleurs, y compris là quand je vous parle, j'ai vue sur Nouba, d'Un autre Occident, A nos amours et Métropolitain, et y'en a d'autres dans la camionnette je crois bien). Je l'avais découvert à une fête de Lutte Ouvrière, sur scène, en particulier dans une version désopilante de l'Homme de derrière... Bref ! que de souvenirs ! (et là je m'arrête parce que sinon je vais vous aprler de lui et de mes souvenirs pendant un quart d'heure ! lol) Mais comme je vis toujours un peu loin de la Terre, j'ignorais qu'il était aussi écrivain de romans et de livres pour enfants et dessinateur de BD.

Alors vous imaginez que quand j'ai vu un roman de lui dans ma petite bibliothèque de MorneBled, je me suis jetée dessus ! Et j'ai bien fait !

 

L'histoire, banale (un jeune Parisien ex-taulard jet-seteur sans joie et désabusé rencontre une Provinciale malheureuse en ménage, et tout ce qui s'en suit... pas inintéressant, au demeurant, mais un peu convenu quoique presque crédible), est racontée avec sensibilité mais sans sensiblerie, sans en faire des tonnes, ni psychologiser. Donc agréable, humain, sans prétention, plaisant. Le style est un bonheur, mélangeant avec fluidité à la fois un langage hyper moderne, voire parlé, et une forme de classicisme impeccable (et une parfaite concordance des temps ! C'est devenu si rare que j'ai savouré chaque imparfait du subjonctif, tellement mon oreille a l'habitude d'être malmenée sur ce plan avec les auteurs modernes). J'ai aimé ce mélange des genres, des styles, mélange vif et savoureux !

 

Sur le fond, j'ai retrouvé ce que j'aimais chez lui à chaque page, ce côté libre voire libertaire, la conscience sociale affirmée comme un pivot de la vie, un peu bravache aussi parfois sans jamais frôler le cynisme même si on sent la tentation, intimement bienveillant, entier, à la fois fougueux et réfléchi, et de la tendresse qui déborde de tous les côtés. Une montagne de contrastes et de contradictions, tout ce dont je rafole chez un homme ! Bon, je ne vais pas parler en rab de la sensualité du bonhomme, vu que, dans le livre, ça ne se voit pas, même si ça trasnpire à chaque page !

 

En résumé : j'ai beaucoup aimé ce bouquin, d'une simplicité limpide, presque naïf, très idéalisé et idéaliste, et surtout tout en sensibilité et contrastes, à tous niveaux. Et plus le temps passe, plus il sera difficile de me faire penser un truc pas clair de cet homme, je crois bien...

 

____________!°\._./°!______________

 

Quelques extraits... Beaucoup d'extraits... et encore, je me suis limitée ! J'espère que ça vous donnera envie =^.^=

 

page 12 : Même pour un baptême, même pour un mariage, dans une église, la joie est triste.

 

page 25 : Je suis un touche-à-tout, donc un bon à rien.

 

page 33 : Je me moque de tout le monde pour agacer mes restes d'altruisme. Cest de la tendresse grimée.

 

page 66 : Si tu ne t'intéresses plus au bonheur et au malheur des autres, la vie prend la saveur que tu lui donnes. C'est sans conséquence.

 

page 92 : La vie de chacun est un volcan. Pour certains en éruption dès leur naissance ; pour d'autres en sommeil sans que l'on puisse prévoir son entrée en activité et la gravité du séisme qui s'ensuivra.

 

pages 109-110 : Il tirait un trait sur son passé en s'immergeant dans la masse. Il affirmait désormais que l'authentique différence est dans la tête, elle ne puise pas sa crédibilité dans les artifices ornementaux. Tout juste s'en repaît-elle le temps d'une révolte établie. Il avait voulu cultiver la différence jusqu'à l'extrême et s'était cogné à une extrêmité.

 

page 111 : Au moins, avec un film drôle, on n'a pas l'impression de se priver du beau temps. On le porte sur soi.

 

pages 151-152-153 : Sa main caressait tendrement les terres australes.

- Manger un bol de riz dans les rues de Kuala Lumpur, regarder un gecko courir sur le mur d'une chambre, me faire chiper mes lunettes par un singe en liberté. toucher un cocotier, attendre des heures en pleine chaleur un bus bondé et mettre des jours pour parcourir trois cents kilomètres. Lever le bras et cueillir une orange. Une orange, des dattes, des rambutans...

- Croiser des lépreux, repousser les mendiants, avoir la chiasse, attraper le paludisme, se faire voler son passeport...

- Oui, y'a des chances mais rester ici comporte d'autres inconvénients. Le plus pénible étant d'avoir affaire tous les jours à des nantis qui se plaignent de subir des mendiants devant leurs portes. Dans notre société malade on a davantage honte de la misère étalée que de l'argent planqué. [...] Tout ce dont l'Etat a été capable pour améliorer cette situation, c'est de trouver un nouveau nom pour désigner les mendiants : SDF. La tuberculose revient, les flics paradent en rangers. Les pauvres sont laissés pour compte et les citoyens honorables de plus en plus assistés. De gré ou de force. On veut se sentir protégés, ceinture de sécurité, digicodes, vitesse limitée, assurance-vie, assurance-vieillesse, bombes lacrymo, alarmes, vaccins, conditionnement sous-vide, normes d'hygiène... alors que cette ville n'a jamais été aussi sale, aussi inhumaine. On n'a plus le droit de se prendre en charge, de fumer, de boire, de manger, de vivre et mourir comme on veut. On n'a même plus le droit de s'aider comme on veut au nom d'un sens commun jésuite. Et sondages par ci et statistiques par là... pourquoi ? Pour se gratter l'occiput et nous faire dire des âneries en donnant la parole à des chiffres.

 

page 159 : Il paraît que le mois où l'on compte le plus de suicides est février. Alors, quand on est encore en vie en avril, on se demande si ça valait le coup de résister. Mais échouer si près de l'été, en haut de la côte, juste avant la descente en roue libre, c'est couillon. Avril n'est pas le meilleur mois pour les licenciements.

 

page 204 : Il s'inocula heure par heure, jour après jour, l'idée que le pire ennemi de l'homme est son manque de self-control.

 

page 210 : Des colonies équatoriales au nirvana hippie, les Occidentaux avaient toujours trouvé des excuses pour s'enrichir de la tête ou du portefeuille en allant faire chier les indigènes.

 

pages 221-222 : - J'envie les gens comme toi qui savent naturellement se contenter de ce qui leur est offert au quotidien. Je n'ai pas toujours aspiré à cela, mais ces dernières années, j'arrivais à me convaincre que c'est la bonne manière de vivre sans dommage. J'arrivais à concilier esclavage et méditation. J'avais trouvé le bon équilibre.

- L'équilibre, on ne le tient jamais. On a besoin de changer de position, c'est physique et, sans obligatoirement tomber de haut, on court le risque de se ramasser. Les vies solides comme des ponts sont rares. La plupart des gens sont funambules.

 

page 236 : Si tu ne peux pas changer le monde, change de monde.

 

page 309 : Demander c'est déjà prendre, tandis qu'écouter c'est donner. [...]

Ta vie, c'est une étagère avec des livres couverts de papier kraft pour en cacher la teneur et des rencontres comme la nôtre pour te servir de marque-page. Tu dis que tu ne me demandes rien parce que demander c'est prendre mais n'es-tu pas plutôt en train de me voler ?

 

page 356 : Un jour, un homme se fond dans un personnage pour éluder des questions insolubles et tout le monde est content. C'est tellement plus simple d'avoir affaire à des principes et des certitudes autonomes plutôt qu'à une masse douloureuse de sentiments dont on peut se sentir responsable. On accepte n'importe quoi pour se convaincre que la vie est simple. L'homme vrai, le poilu, le concret, se dit tout le temps qu'il y a des choses qu'il ne faut pas chercher à comprendre. C'est bien comme ça. Il entretient les silences et les zones d'ombre comme un jardin interdit à la promenade. Pas touche, tabou ! On est tous des faussaires de plus ou moins grande envergure.

 

____________!°\._./°!______________

Des Gens imparfaits, Kent, 1995, 356 pages

 

 

 

l\ /l

=(^ . ^)=

~(  .  )~

(")_(")


Et voici l'avis de LaMaman, à qui j'ai fait suivre ce livre...

 

J'ai mis du temps à me forger un avis sur le livre que tu m'a adressé. J'ai eu du mal à rentrer dans l'histoire. Je ne connais pas bien le chanteur Kent et je l'ai découvert comme auteur de roman. Le tout début (les deux ou trois premières pages) me semblaient bien parties. Cet enterrement avec un petit coup de gueule sur les religions et ses intermédiaires abondaient dans mon sens.

Puis ensuite ce personnage de Willy ne m'a à aucun moment paru crédible. L'auteur a voulu en faire un personnage mi-aigri, mi-rebelle et à la finale, il a l'air tellement "fabriqué" par l'auteur. Tous ces personnages cabossés par la vie manquent de consistance, de crédibilité.
Ils sont tous tellement "prévisibles" dans leurs paroles, dans leurs actions...
Tu as aimé l'écriture, moi, pas trop! Les dialogues sont d'une banalité sans nom (surtout ceux entre Willy et Madeleine), les scènes de sexe (on dit de cul, non!) n'en sont même pas. L'"inflation" dans la voiture est à mourir de rire (il y a un bouquin qui est sorti, il n'y a pas longtemps et qui s'intitule "La caresse qu'il n'oubliera jamais", Kent devrait le lire... Je plaisante!).
C'est comme si Kent s'était senti obligé d'y mettre les ingrédients habituels: des gens qui trainent des casseroles, du sexe, un peu d'action... A la finale, c'est moyen-moyen!


Des gens imparfaits ? Même pas! On n'arrive pas à s'identifier à eux, ils sont comme irréels et surfaits.
Quant à la soirée mondaine dans un appart top des quartiers chics de Paris, tous les clichés y sont!! Voilà, c'est ça, c'est bourré de clichés.J'attendais mieux d'un chanteur qui s'était taillé une réputation de chanteur à texte...

Sur le fond, j'ai cherché un message: la vie est compliquée, on fait tous des erreurs, nous sommes des êtres de tentation, nous nous laissons aller à la facilité, nous sommes de gros hypocrites, les amis n'en sont pas toujours, c'est fou comme les autres ont des vies minables, il y a des beaufs-gros cons à qui on aimerait claqué la gueu..., il y a plein de femmes insatisfaites et des hommes qui ne savent pas leur faire l'amour, des enfants camés et à problèmes, des patrons-voyous, des boites qui ferment, des pauvres gens qui subissent le sort....

Tout ça, on le sait déjà et c'est vu et revu. On n'apprend rien !
Madeleine est pathétique, c'est vrai mais elle n'est pas sympathique (on voudrait la plaindre de devoir restée avec un homme qu'elle n'aime plus et on a juste envie de lui dire: "Casse-toi et nous fait pas ch...".

Je n'ai pas relu ta critique sur ce bouquin mais je vais le faire et peut-être même lire un autre des romans de Kent, histoire de ne pas restée sur un impression trop négative.

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Plouf_le_loup - dans Livres
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LaMaman 20/12/2010 08:28



Je viens de relire ma critique et à part quelques fautes d'orthographe (inexcusables certes!), je précise que j'ai encore affiner ma réflexion...


J'ai fini par penser que ça n'est pas vraiment le livre de Kent qui me pose problème mais toute cette littérature d'aujourd'hui qui se contente de nous parler de choses que nous connaissons par
coeur. Parler de chômage, de trahison (même si ce dernier thème est intemporel), de mal de vivre, c'est un peu facile.


Un livre pour moi, c'est me transporter vers d'autres horizons (c'est tout à fait personnel, attention!), vers d'autres temps (et je ne pense pas forcément à la littérature de science-fiction).


Là, Kent parle de gens, de lieux que nous connaissons forcément pour beaucoup...Et ça, ça ne me fait pas vibrer!!!


Bonne journée à tous


ValérieJ



Dorémi 16/11/2010 10:18



Il a dessiné une histoire que l'on peut télécharger sur le site de l'Ademe…


Bises.



valérie 15/11/2010 15:56



suis comme toi, j'adôôôôôôôre la voix de Kent, et je savais même pô qu'il écrivait... je vais voir ça de plus près !



Dorémi 14/11/2010 23:22



Il est un de mes chanteurs préfs de préfs (avec Higelin), et je préfère aussi nettement ce qu'il fait maintenant à ce qu'il faisait du temps de Starshooter. Sa voix me remue les tripes.


J'avais lu un de ses romans il y a bien longtemps maintenant et plusieurs fois je m'étais dit que j'en relirais bien un. J'irai regarder en bibli s'ils en ont, par chez moi…


Tiens, pour la bonne bouche :-)


Je t'embrasse.



Iza 13/11/2010 10:44



Ben si, je le savais, déjà qu'il a été invité plusieurs fois sur France-Inter et chaque fois, l'écouter est un réel plaisir. Par contre, je suis gourde au point de ne pas avoir eu l'idée de lire
ses bouquins, alors que j'aime beaucoup le bonhomme ! Je vais y remédier grâce à toi ;)



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