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25 août 2012 6 25 /08 /août /2012 08:11

livre_2012_08_bradbury_fahrenheit451.jpg L'histoire : Guy Montag est pompier, c'est-à-dire qu'il a pour mission de brûler les livres (dont le degré de combustion est de 451°F, soit 233°C), ainsi que les maisons qui les abritent, voire de les brûler avec leur proporiétaire quand c'est nécessaire et qu'il n'a pas été arrêté et emmené avant. Car nous sommes dans un monde futuriste où les livres sont strictement interdits, et leurs propriétaires dénoncés. Le seul écrit autorisé sont les notices. Pourquoi ? Pour la paix (euh là raté : une guerre se prépare et arrive) ! Pour le plaisir partagé ! Pour l'égalité ! Parce que lire est inutile, ça fait réfléchir, ça cause du tracas, du souci, des doutes, des désaccords ! Voilà le discours officiel du prèt-à-penser. La population, dans son immense majorité, est d'accord avec ce fait, demande du loisir facile et immédiat, des écrans, du bruit, de la violence, du spectaculaire, des sensations brutes prêtes à servir plutôt que des émotions lentes, quitte à les puiser dans des drogues... Les pompiers sont un pilier de cette société. Mais Montag va faire une rencontre décisive et commencer à penser par lui-même, puis se laisser entraîner par sa fougue...

 

 Mon avis : un excellent roman qui n'a pas usurpé sa réputation ! Les livres bouc-émissaires de la haine populaire de la culture, haine officiellement encouragée et sans cesse renouvelée, la civilisation d'apparences jusqu'à la caricature, la bonne conscience bradée, l'inconscience et l'inconséquence comme valeurs fondamentales, on est vraiment dans ce qu'on appelle aujourd'hui la "dystopie" (quel moche mot ! beurk la mode des dys-machin à toutes les sauces), l'utopie négative, l'anticipation pessimiste, même si la fin permet l'espoir. Et Clarisse puis Montag apparaissent comme des fleurs de béton, couleur et lumière au milieu d'une grisaille terne bien que clinquante, les derniers espoirs d'un monde déchu, qui n'existe plus qu'en parallèle, clandestinement, dangereusement. 

J'ai vraiment aussi beaucoup aimé y lire cette vision futuriste d'il y a une cinquantaine d'années, et de voir ce qui a été justement deviné et ce qui ne l'a pas été (les gens fument beaucoup, guerres atomiques fréquentes, etc.). Evidemment sidérée par la justesse de l'analyse puis de la projection de la dérive de la civilisation des loisirs. Quel visionnaire, ce Ray Bradbury !

Un livre remarquablement bien écrit et bien traduit, fin, perspicace, intelligent, qui se lit avec une grande fluidité et véhicule des idées et pistes de réflexion très intéressantes. Une bonne occasion de remise en question en plus d'un vrai moment de plaisir littéraire.

***

L'occasion aussi de se dire que la correction bâclée ne date pas d'aujourd'hui... (mon livre est la réimpression de 1983) 

***

Feuilletons ensemble quelques extraits (oh bon sang, encore une fois, le tri a été difficile !)...

 

incipit : C'était un plaisir tout particulier de voir les choses rongées par les flammes, de les voir se calciner et changer.

 

pages 16-17 : - [...] Depuis combien de temps travaillez-vous comme pompier ?

- Depuis dix ans. J'en avais vingt.

- Vous ne lisez jamais les livres que vous brûler ?

Il se mit à rire.

- C'est contre la loi.

- Oh, c'est vrai.

- C'est un chic boulot. Le lundi, brûler Millay, le mercredi Whitman, le vendredi Faulkner, les mettre en cendres, ensuite brûler les cendres. C'est notre slogan officiel.

Il firent quelques mètres puis la jeune fille demanda.

- Est-ce vrai qu'autrefois les pompiers éteignaient le feu au lieu de l'allumer ?

- Non. Les maison ont toujours été ignifugées, croyez-moi.

- Bizarre. J'ai entendu dire une fois qu'il y a longtemps, les maisons prenaient feu quelquefois par accident et qu'on faisait venir les pompiers pour éteindre l'incendie.

Il se remit à rire.

 

page 40 : - Pourquoi n'êtes-vous pas en classe ? Je vous vois flâner tous les jours.

- Oh, je ne leur manque pas, dit-elle. Je suis antisociable, paraît-il. Je ne me mêle pas aux autres. C'est si bizarre. Je suis pourtant très sociable au contraire. Tout dépend du sens qu'on donne à ce mot-là, nest-ce pas ? Etre sociable, pour moi, c'est vous parler comme je le fais, par exemple [...], ou de parler de l'étrangeté du monde où nous vivons. C'est agréable de se trouver avec d'autres personnes. Mais je ne vois pas ce qu'il y a de social à fourrer un tas de gens ensemble pour les empêcher de parler. 

 

page 74 : - Les nègres n'aiment pas Little Black Sambo. Brûlons-le. La Case de l'oncle Tom ne plaît pas aux Blancs. Brûlons-la. Un type a écrit un livre sur le tabac et le cancer du poumon ? Les fumeurs de cigarettes sont dans la consternation. Brûlons le livre. La sérénité, Montag, la paix, Montag.

 

page 76 : Si vous ne voulez pas qu'un homme se pose des problèmes d'ordre politique, ne lui donnez pas deux solutions à choisir ; ne lui en donnez qu'une. Mieux, ne lui en donnez pas du tout. Qu'il oublie jusqu'à l'existence de la guerre. Si le gouvernement est inefficace, tyrannique, vous écrase d'impôts, peu importe tant que les gens n'en savent rien. La paix, Montag. Instituez des concours dont les prix suppose la mémoire de paroles des chansons à la mode, des noms des capitales d'Etats ou du nombre de quintaux de maïs récoltés dans l'Iowa l'année précédente. Gavez les hommes de données inoffensives, incombustibles, qu'ils se sentent bourrés de "faits" à éclater, renseignés sur tout. Ensuite, il s'imagineront qu'ils pensent, ils auront le sentiment du mouvement, tout en piétinant. Et ils seront heureux, parce que les connaissances de ce genre sont immuables. Ne les engagez pas sur des terrains glissants comme la philosophie ou la sociologie à quoi confronter leur expérience. c'est la source de tous les tourments. Tout homme capable de démonter un écran mural de télévision et de le remonter et, de nos jours ils le sont à peu près tous, est bien plus heureux que celui qui essaie de mesurer, d'étalonner, de mettre en équations l'univers, ce qui ne peut se faire sans que l'homme prennen conscience de son infériorité et de sa solitude. Je le sais. J'ai essayé. Foutaises !

 

page 104 : Si peu de personnes ont le désir de se révolter de nos jours. Et dans cette minorité, la plupart, comme moi-même, prennent peur si facilement.

 

page 115 : - Césariennes ou pas, les enfants, c'est ruineux. Vous êtes folle ! dit Mrs Phelps.

- Les gosses sont à l'école neuf jours sur dix. Je n'ai à les supporter que trois jours par mois à la maison. C'est une bonne formule. Vous les collez dans le salon et vous poussez le bouton. C'est comme la lessive. On fourre le linge dnas la machine et on ferme le couvercle. 

 

page 163 : [...] le fleuve s'écoulait paresseusement, l'entraînant loin de ces gens qui se nourrissaient d'ombres le matin, de vapeurs à midi et de buées le soir.

 

page 191 : Pour tout ce qui existe, il est une saison.

 

***

Fahrenheit 451, Ray Bradbury,1953, traduction de Henri Robillot, 1955, 191 pages

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Plouf_le_loup - dans Livres
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commentaires

pyrouette 27/08/2012 08:07


Ta critique me donne envie de le lire alors que bizarrement il ne m'attirait pas . Affaire à suivre ! Bonne journée

Zazimuth 25/08/2012 11:41


Je l'ai lu il y a assez longtemps (quand j'étais ado puis relu quand j'étais étudiante) et c'est sûr que ça n'a pas tellement vieilli comme science-fiction (?). On en sent l'inspiration aussi
dans un certain nombre de romans d'anticipation de littérature jeunesse.

Oska & Co Créations 25/08/2012 09:34


ça donne vraiment envie !!!


J'aime beaucoup le passage de la page 40.... 

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