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24 juillet 2012 2 24 /07 /juillet /2012 09:39

juger des efforts et des émotions d'autrui

 

"Tu ne fais pas d'efforts !", "Quelle fainéante !", "Mais tu le fais exprès ou quoi ?!", "Peut mieux faire", "Ne fiche rien", "Mais non tu n'as pas mal !", "Quelle chochotte celui-là !"... Qui n'a jamais croisé toutes ces remarques perfides, ces jugements néfastes ciblés pour faire mal et/ou rabaisser ?

 

Comment un enseignant ou un parent ou tout autre intervenant peut-il penser être à même de juger autrui, de ses efforts, de ses possibilités précises sur tel ou tel point, de ses émotions et ressentis subjectifs ? 

 

L'exemple extrême, celui qui permet a plein de gens de me virer d'une discussion en disant "ahoui mais là c'est pas pareil", c'est l'autisme (ou n'importe quel dys d'ailleurs). L'enseignant, 9 fois sur 10, va refuser de considérer les efforts de l'enfant autrement qu'à l'aune de ses résultats, et uniquement comparativement aux autres enfants (surtout pas comparativement aux résultats précédents du même enfant ! vous n'y pensez pas malheureux !... Tous le prétendent pourtant avec force véhémence, mais j'en ai croisé bien peu en réalité qui le pratiquaient). S'il a sous le nez un papier signé-contre-signé-tamponné-validé (au moins) par un psy-psy ou quelque autre rigolo au titre ronflant, peut-être condescendra-t-il (l'enseignant) à admettre que bon, on veut bien tolérer avec mépris sans trop en rajouter dans la sacro-sainte humiliation pédagogique... Ce qui, soit dit en passant, met en évidence que l'enseignant se rend compte de ce qu'il fait subir aux enfants... Et donc on tolérera, un peu, de prendre en compte ses propres progrès et non seulement le résultat attendu, toujours plus élevé que possible... Mais pourquoi pas les autres enfants ? Chacun n'est pas unique, alors ? Chacun n'a pas ses propres échelles en tout ? On peut alors juger des efforts/émotions des autres en fonction du résultat sous prétexte qu'il n'y a pas de différence neurologique majeure avérée ?

 

A 5 ans, Le Paquet n'a même pas sursauté quand on lui a planté 3 agrafes dans le cuir chevelu (une bosse éclatée, il n'avait rien senti, c'est le sang gouttant sur ses cahier après la récré qui l'a alerté...). Quelques années après, il marchait en boitillant à peine avec un pied cassé. Mais il hurle de douleur et devient pâle comme un linge quand un rot se "coince" et ne sort pas... Un jour chez une psy de la région qu'il n'a vue qu'une fois heureusement (qui n'a de psy que le diplôme, je la dénonce à qui veut en privé) qui le chopait par le bras, il disait "vous me faites mal", à quoi elle répondait "mais non tu n'as pas mal"... le bleu a mis plusieurs jours à partir...

Qui d'autre que lui peut prétendre juger son échelle personnelle des douleurs ?! c'est idem pour tout le monde hein, autisme ou pas... Et c'est pareil pour tout. Toutes les aptitudes, tout ce qui vient de soi, des émotions, des sensations, des capacités intrinsèques de chacun, et de son rythme intérieur personnel. 

 

On n'oserait pas dire de celui qui ne sait pas dessiner comme Magritte, Michel-Ange ou Picasso qu'il a manqué de "sens de l'effort", qu'il est vraiment fainéant, de mauvaise volonté. Pourtant, il suffit de se servir de ses mains, c'est pas sorcier, tout un chacun le peut... Sauf qu'en vrai, on n'y arrive pas, à moins d'être Magritte, Picasso ou Michel-Ange, et d'avoir fourni une somme de travail conséquente dès l'enfance, travail appuyé sur un talent déjà présent, un don, une habileté particulière, appelez ça comme vous voulez, en tout cas quelque chose d'inexplicable qui est déjà là. Tout le monde le comprend, le conçoit, et mieux : pour quasiment tout le monde, c'est évident.

 

Alors pourquoi, dans d'autres domaines que le dessin, considére-t'on qu'il est anormal de ne pas réussir telle chose de telle manière à tel âge (les 3 notions étant impératives, précises et obligatoirement concomittentes), de ne pas savoir affronter telle difficulté de telle manière à tel âge, et pourquoi on se permet de penser qu'on est apte à en juger ? Avec son corrolaire habituel : l'humiliation, le rabaissement si on n'entre pas dans la case qui dit qu'à tel âge on fait telle chose de telle manière, on encaisse ci et ça comme-ci-comme-ça, point.

 

Absurde. Présomptueux.

 

Et après, on se demande pourquoi le monde se barre en biais...

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commentaires

Zazimuth 10/08/2012 19:40


En ce qui me concerne, en tant qu'enseignante mais dans ma vie personnelle également, je fais très attention à ce que je dis et je ne me permets pas de dire ce genre de choses...

Isa LISE 09/08/2012 09:56


Tout dépend du moment et de la façon dont on parle de "problème". Si c'est un problème pour l'autre, c'est un étiquettage. Si c'est un problème pour la personne, qu'elle souffre d'une situation
donnée, ce n'est plus la même chose, d'où le "où évoluent autrement". :) C'est un problème pour moi de ne pas voir à gauche ou de ne pas voir des reliefs. , ce n'est pas un
étiquetage. ;)

Nadine 26/07/2012 20:21


Oui, il faut avoir conscience que des remarques qui nous paraissent anodines ("c'est pourtant facile") peuvent être blessantes. Pas toujours évident mais en tant que professionnels nous devons
nous les interdire.


Maintenant, je me donne le droit de dire qu'un enfant ne fait pas d'efforts et qu'il peut mieux faire quand c'est vrai, quand il a effectivement bâclé son travail ou qu'il fait visiblement le
minimum en s'en fichant éperdument !

Plouf_le_loup 07/08/2012 08:14



bah oui, mais quand tu es obligé (contraint et forcé, ne l'oublions pas) de travailler 6 ou 8h (avec les devoirs) par jour sur des domaines qui ne t'intéressent pas, dont effectivement tu te fous
éperduement, tous les jours pendant plusieurs années, c'est très chiant de recevoir encore et encore des critiques, qui jugent plus ce que tu es que ce que tu fais le plus souvent, même si les
gens qui les profèrent pensent que "c'est la vérité"... 


 


Franchement, on infligerait à quelqu'un qui n'aime pas ça 6h de tricot par jour tous les jours pendant des années et des années, tout le monde comprendrait qu'il pète un câble et n'y mette pas
une bonne volonté du feu de Dieu, ne fasse pas son maximum, etc.... Alors pourquoi ça ne fonctionne pas pareil à l'école ?...



pyrouette 26/07/2012 07:54


Ton billet me rappelle malheureusement des souvenirs d'enfance.... Nous ne sommes que des numéros et nous devons rentrer dans les cases prévues à cet effet.

Plouf_le_loup 07/08/2012 07:58



Oui, d'ailleurs le ministère de l'éducation nationale (rien que le nom de ce ministère me glace chaque fois que je l'utilise, franchement je préférais largement "instruction publique", enfin bref
!) et son infecte Base-Elèves ne s'en cache même plus, de ne nous voir que comme des numéros...



Isa LISE 25/07/2012 18:09


Tellement juste !! Combien de jeunes saccagés parce qu'on les étiquette négativement au lieu de comprendre qu'ils ont un problème ou simplement évoluent autrement ! J'aime beaucoup ton article...

Plouf_le_loup 07/08/2012 07:57



mais est-ce que dire "ils ont un problème" n'est pas déjà une forme d'étiquetage ? 


(c'est de la provoc, je pratique aussi)



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