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15 août 2012 3 15 /08 /août /2012 07:33

livre_2012_07_pennac_journal-d-un-corps.jpgL'histoire : de 13 à 87 ans, le journal corporel d'un homme, qui choisit de ne pas parler de ses états d'âme mais uniquement de ses ressentis physiques. Et ils vont servir de prétexte à nous raconter sa vie entière, et finalement quelques états d'âme quand même, parce que tout est lié. 

 

Mon avis : étonnant et envoûtant. Le début m'a énormément ennuyée, et puis je ne sais pas, un peu après le début de l'âge adulte, en quelques pages, je me suis laissée emporter, avec la sensation de connaître cet homme. L'impression de proximité vient probablement de l'intimité physique inévitable qui se crée. On sait peu ce qu'il éprouve, on sait partiellement ce qu'il pense parfois, et surtout on connaît son corps, et finalement, n'est-ce pas l'essentiel ?...

Difficile pour moi de parler de ce livre que j'ai terminé voilà plusieurs semaines. Il est plein d'un élan vital formidable, il donne envie de vivre, de profiter, d'écouter son corps... d'écrire aussi ! Et pas seulement parce que comme souvent chez Pennac, chaque mot est choisi, ciselé exactement pour ce qu'il veut dire, avec une précision chirurgicale et une jubilation évidente.

Un très beau roman, vibrant, incroyablement crédible et vivant, comme une belle vie ordinaire déroulée juste pour nous.

 

***

feuilletons ensemble quelques extraits (et encore, j'ai fait du tri dans mes notes !)...

 

incipit : Ma chère Lison,

Te voilà revenue de mon enterrement, rentrée chez toi, tristounette forcément, mais Paris t'attend, tes amis, ton atelier, quelques toiles en souffrance, tes projets nombreux, dont celui de ton décor pour l'Opéra, tes fureurs politiques, l'avenir des jumelles, la vie, ta vie.

 

page 32 : Je ne vais pas seulement décrire les sensations fortes, les grandes peurs, les maladies, les accidents, mais absolument tout ce que mon corps ressent. (Ou que mon esprit fait ressentir à mon corps.) La caresse du vent sur ma peau, par exemple, le bruit que fait en moi le silence quand je me bouche les oreilles, l'odeur de Violette, la voix de Tijo.

 

page 33 : Notre voix est la musique que fait le vent en traversant notre corps.

 

page 54 : Sois lisible, disait mon père, ne laisse pas soupçonner que tu cherches à dissimuler par une écriture indéchiffrable une pensée que tu ne maîtriserais pas.

 

page 68 : C'est intéressant, quelqu'un qui croit tout savoir et qui comprend si peu les gens.

 

page 130 : ...la certitude de la mort prochaine nous ferait tomber amoureux d'une blatte. Peur de la maladie plus effrayante que la maladie elle-même.

 

page 132 : L'accent, disait Suzanne, c'est la langue telle qu'on la mange ! Toi, le français tu le chipotes, moi je m'en goinfre.

 

page 138 : Pauline R, à qui Fanche demandait pourquoi elle n'aimait que les très gros hommes, avait répondu, l'oeil et la voix chavirés : Ah ! c'est comme faire l'amour avec un nuage !

 

page 158 : Qu'on ait perdu un bras ou les deux, on ne dispose que d'un seul mot : manchot. Les unijambistes et les culs-de-jatte sont mieux traités, les borgnes et les aveugles aussi.

 

page 163: ...aucun adulte au monde, si jeune, si costaud, si entraîné, si infatigable soit-il, aucun adulte à l'apogée de sa puissance nerveuse et musculaire ne saurait produire, dans la même journée, la moitié de l'énergie dépensée par ce corps de tout petit garçon.

 

pages 183-184 : De son côté, Bruno constate que bâiller rend sourd. quand son instituteur l'ennuie, il bâille, non pour manifester cet ennui mais pour ne plus entendre le maître. Quand ses mâchoires s'ouvrent grand, dit-il, ses oreilles bourdonnent comme si elles étaient traversées par un grand vent. Alors, j'écoute le vent. Il ajoute que les éternuements, eux, le rendent aveugle. Il a observé que ses yeux se ferment à la seconde où ses narines explosent. Il constate qu'il ne peut bâiller et éternuer en même temps. Aveugle et sourd, mais alternativement. Exactement le genre d'observation que j'aurais pu noter à son âge si j'avais joui de mon corps au lieu d'avoir à le conquérir.

 

page 186 : Au-dessus d'un étron irréprochable, tout d'une pièce, parfaitement lisse et moulé, dense sans être collant, odorant sans puanteur, à la section nette et d'un brun uniforme, produit d'une poussée unique et d'un passage soyeux, et qui ne laisse aucune trace sur le papier, ce coup d'oeil d'artisan comblé : mon corps a bien travaillé.

 

page 192 : Quanrate-trois ans, c'est l'âge de ta pointure ! Une année stable ! Tu seras bien dans tes pompes.

 

pages 196-197 (clic pour agrandir) : 

livre_2012_07_pennac_journal-d-un-corps_extrait196.jpg

 

page 215 : Nous sommes en adolescence. Nous nous souhiatons un faciès qui nous dispense de la corvée orale. nous travaillons le silence signifiant. Nous promenons notre visage comme une radioscopie de notre âme. Hélas, les visages ne disent rien.

 

page 218 : Le ténor politique ets priapique par nature...

 

page 229 : Si je devais rendre ce journal public, je le destinerais d'abord aux femmes. En retour, j'aimerais lire le journal qu'une femme aurait tenu de son corps. Histoire de lever un coin du mystère.

 

page 263 : Mona, à qui je raconte la chose, m'apprend que le verbe "culpabiliser" s'est installé dan sla langue française en 1946. Et le verbe "culpabiliser" en 1968. quand l'Histoire parle d'elle-même...

 

page 295 : En filigrane du tout-psychosomatique flotte cette vieille lune : les maux du corps comme expression des tares du caractère. La vésicule foireuse du colérique, les coronaires explosives de l'intempérant, l'Alzheimer inévitable du misanthrope... Non seulement malades, mais coupables de l'être !

 

page 322 : Je voudrais faire un séjour dans chaque hôpital de France pour étudier cette langue qu'on parle aux malades.

 

page 324 : Tijo : Je n'aurais jamais pu être monogame. En présentant ma femme j'aurais eu l'impression d'exhiber mon sexe.

 

page 331 : Pas mal, dis-je au comble de l'extase. Très bien ! vous voulez dire, objecte-t-elle, tout à fait merveilleux ! Et de me faire observer que la litote et l'euphémisme, pratiqués par nous autre sEuropéens comme le summum de l'éducation, réduisent nos facultés d'enthousiasme, rabougrissent nos outils de perception, que notre style a pris le dessus et que nous en périssons.

 

page 336 : Impression que le thé me nettoie. Une sorte de douche intérieure. T'en bois un, t'en pisses trois, disait Violette.

 

page 341 : Notre existence physique s'écoule à défricher une forêt vierge qui l'a été mille et mille fois avant nous.

 

page 350 : Grégoire n'est pas parti, Grégoire ne nous a pas quittés, Grégoire n'est pas décédé, Grégoire est mort. Il n'y a pas d'autre mot.

 

pages 376-377 : Je leur ai dit qu'il était dangereux pour la santé de retenir nos pets. Pourquoi ? Parce que si nous laissons notre corps se remplir de gaz, les enfants, nous nous envolons comme des montgolfières, voilà pourquoi ! On s'envole ? On s'envole et une fois en l'air, si on a le malheur de péter - et ça arrive toujours parce qu'on ne peut pas retenir ses pets indéfiniment -, on se dégonfle et on s'écrase sur les rochers, comme les dinosaures. Ah ! Bon ? C'est comme ça qu'ils sont morts, les dinosaures ? Oui, on leur avait tellement dit que c'était malpoli de péter qu'ils se sont retenus, retenus, retenus, ils ont gonflé, gonflé, gonflé, et bien sûr ils ont fini par s'envoler, et quand ils ont été forcés de péter, les pauvres, ils se sont dégonflés et se sont écrasés sur les rochers, jusqu'au dernier ! (Les rochers ont beaucoup impressionné.)

 

***

Journal d'un corps, Daniel Pennac, 2012, 382 pages

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Plouf_le_loup - dans Livres
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pyrouette 17/08/2012 15:52


Heureusement que tu as fait le tri ! Je crois que je vais me laisser tenter.

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