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23 décembre 2012 7 23 /12 /décembre /2012 20:40

livre_2012_12_joyce_la-lettre-qui-allait-changer-le-destin.jpgL'histoire : Harold Fry, 65 ans ramollis, est un retraité dont la plus grande occupation est de tondre la pelouse. Retraite morne, comme une attente interminable, en compagnie de son épouse Maureen, dans un quartier résidentiel, sous une chape de non-dits et de reproches à peine larvés. Un peu ordinaire, un peu triste, un peu ennuyeux... Un jour, il reçoit une lettre d'une ancienne collègue qui lui annonce être en phase terminale d'un cancer. Bouleversé de cette intrusion du passé, il rédige une laconique réponse, et sort la poster. Passe devant la boîte, puis la suivante, puis la suivante, Harold marche... Rapidement, il décide de continuer à marcher ainsi jusqu'à Berwick-upon-Tweed, où se trouve cette ancienne collègue, à environ 1000 km au nord... Une marche qui lui donnera l'occasion de réfléchir, revenir sur sa vie, faire une sorte de bilan plutôt contrit, nous faisant au passage nombre de révélations, et poussera également son épouse, restée seule chez eux, à faire ce même bilan solitaire de son côté, comme si ces solitudes permettaient de se voir enfin de face, sans masque et sans leurre mais avec force remords et tristesse. 

 

Mon avis : un bon roman. J'ai eu un peu de mal au début, car malgré la maîtrise d'écriture évidente (pas forcément littéraire), il manquait quelque chose, un élan spontané, une chaleur, un emportement qui aurait dû y être mais ne venait pas. Emotions violentes un peu plaquées, un peu ordinaires. Difficile à expliquer... Puis bon, l'histoire est prenante, très dans l'air du temps, "retour au fondamental humain naturel" idéalisé, on se laisse emporter par ce côté-là plus que par la passion toujours absente, comme anesthésiée (et c'est une façon de faire qui peut se défendre vu l'histoire, mais pas avec ce narrateur omniscient, un truc ne colle pas). Pourtant, l'histoire, les révélations remontées du passé comme des bulles aériennes ou étouffantes, la fin terriblement émouvante, tout cela l'emporte largement. Et puis vers le milieu, c'est le débordement, on plonge ! Les gens rencontrés, l'emballement à vous dégoûter de notre société, une sorte de rythme s'installe et on marche, on marche... presque sur un seul souffle, et on se demande avec Harold si on arrivera au bout, et dans quel état... 

Donc j'ai aimé, pris plutôt du plaisir à le lire, et en même temps, si vous n'aimez pas les poncifs et les bons sentiments un peu faciles, attendus et très formatés, lisez autre chose...

 

*** 

Feuilletons ensemble quelques extraits...

 

incipit : La lettre qui devait tout changer arriva un mardi.

 

page 27 : Certains conducteurs étaient seuls dans le véhicule, et il se dit que c'était sans doute des employés de bureau, car l'expression de leur visage était figée, comme si toute joie en avait été extraite. D'autres étaient des mères de famille avec leurs enfants, et elles avaient l'air tout aussi las. Même les couples du même âge que le sien avaient une attitude rigide.

 

page 57 : Peut-être voyait-on autre chose que le paysage quand on descendait de sa voiture et qu'on se servait de ses pieds.

 

page 65 : - On pourrait croire que marcher, c'est simple comme bonjour, dit-elle enfin. Qu'il suffit de mettre un pied devant l'autre. Mais je suis toujours étonnée de voir à quel point les choses censées être instinctives sont en fait difficiles.
Elle humecta sa lèvre inférieure avec sa langue en réfléchissant à la suite.

- Manger, reprit-elle enfin. Pour certaines personnes, c'est un problème. Parler, également. Et même aimer. Tout ça peut être difficile.

Elle ne regardait pas Harold, mais le jardin.

- Dormir, dit-il.

 

page 87 : Pourquoi fallait-il que c esouvenir lui revienne ?

Il courba le dos et força l'allure, comme s'il s'éloignait de lui-même au lie ud'aller vers Queenie.

 

page 102 : Il chercha à retrouver sous ses pieds quelques traces de la terre, mais le macadam et le spavés étaient partout. Tout l'inquiétait. La circulation. Les bâtiments. Les gens se bousculaient en vociférant dans leur téléphone. Il souriait à chacun et c'était épuisant de s'adresser à autant de visages étrangers.

 

page 161 : Il avait toujours été trop anglais ; autrement dit, il se trouvait ordinaire. Manquant de relief. Les autres connaissaient des histoires intéressantes ou avaient des questions à poser. Il n'aimait pas poser des questions, parce qu'il n'aimait pas offenser. Il mettait chaque jour une cravate, mais il se demandait parfois s'il ne s'accrochait pas à un ordre ou à un ensemble de règles qui n'avaient jamais vraiment existé.

 

page 166 : Il savait qu'il n'avait rien à craindre pour ses confidences. Cela avait été pareil avec Queenie. Il était sûr que s'il lui disait des choses dans la voiture, elle les garderait au chuad parmi ses pensées, sans porter de jugement ni s'en servir contre lui à l'avenir. Il supposait que c'était ça, l'amitié, et il regrettait de s'en être apssé pendant tant d'années.

 

page 172 : Une vie sans amour n'étiat pas une vie.

 

page 188 : Il ne pensait plus à rien, du moins à rien qui fût en relation avec les mots. il était, tout simplement.

 

page 226 : Mais c'est peut-être de cela que le monde a besoin. Moins de raison et plus de foi.

 

page 231 : Toutes deux l'avaient accueilli et réconforté, même quand il avait eu des scrupules à accepter, et par le fait même d'accepter il avait appris que recevoir était tout autant un don que donner, car cela nécessitait à la fois du courage et de l'humilité.

 

page 236 : Il pensait à ce monde qu'il avait à moitié oublié, celui des maisons, des rues et des voitures, où des gens mangeaient trois fois par jour, dormaient la nuit et se tenaient mutuellement compagnie. Il était heureux de les savoir en sécurité et tout aussi heureux d'être enfin en dehors d'eux.

 

pages 244-245 : Ma tête sait bien qu'elle est décédée, mais je continnue à la chercher. La seule différence, c'est que je me suis habitué à la souffrance. C'est comme de découvrir un énorme trou dans le sol. Au début, on oublie qu'il est là et on tombe tout le temps dedans. Et puis, au bout d'un moment, il n'a pas disparu, mais on apprend à le contourner.

 

page 248 : Quand on s'arrête et qu'on écoute, on n'a pas de raison d'avoir peur de qui que ce soit, Maureen.

 

page 360 : Maureen repensa aux vagues et au fait qu'une vie pouvait recommencer tant qu'elle n'était pas allée à son terme. 

 

***

La Lettre qui allait changer le destin d'Harold Fry arriva le mardi..., Rachel Joyce, 2012, traduction Marie-France Girod, 364 pages

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