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22 octobre 2010 5 22 /10 /octobre /2010 06:54

livre_2010_10_levy_enfants_liberte.JPGAu tout début de la Seconde Guerre mondiale, alors que ses parents, juifs, ont été déportés, Raymond devient Jeannot en s'engageant dans la Résistance. Il est jeune, il n'a pas vingt ans. Son petit frère Claude s'engage aussi. Ensemble, ils rejoingnent la 35ème Brigade à Toulouse, composée surtout de très jeunes gens, d'ados poussés par la guerre du côté des héros. Pendant plusieurs années, ils vont faire sauter, tuer (mais jamais un innocent, comme il le souligne encore et encore tellement c'est primordial), en un mot : résister.

Ce livre est en 3 parties, d'abord la Résistance, puis la prison, puis le train fantôme, cet incroyable train errant plein de prisonniers affamés et malmenés que les allemands emmenaient à Dachau sous les balles Alliées, dans le caniculaire été 1944, pendant que la liberté avançait...

 

 

Quand on commence la lecture d'un livre de Marc Levy, on ne s'attend pas à ça... J'avais envie de légèreté un peu naïve, j'ai trouvé tout autre chose, et je me suis régalée !!! On retrouve dans ce livre certains aspects de l'écriture habituelle de Marc Lévy : la pauvreté du vocabulaire, la simple fluidité de l'écriture, les bons sentiments un peu idéalisés, et cette volonté de voir résolument le bon côté des choses. Du coup, même son habituel pathos est légèrement mis en sourdine pour laisser place à plus de sobriété, de retenue. Ce qui n'empêche pas une certaine virtuosité pour faire naître des images, pour faire vivre le récit, même si on n'est évidemment pas dans la "grande littérature" (et alors pour tout dire, qu'est-ce que je m'en fous !!). Et puis son regard d'amour perpétuel permet de lire des choses terribles en étant en quelque sorte protégé par ce regard, il sait nous rendre capable de supporter d'imaginer l'insupportable, et rendre ainsi aux Résistants toute l'essence de leur incommensurable courage quotidien, avec simplicité (d'aucuns diront simplisme, ça se peut, et franchement, en l'occurrence, je trouve que ça serait plutôt une qualité, parce que ça ôte tout soupçon de manipulation). Bel hommage !

Et puis il y a une autre dimension, c'est qu'en écrivant ce livre, Marc Lévy tient la promesse que son père a faite à un copain de résistance, puisqu'il y raconte, ni plus ni moins, l'histoire de son père et de son oncle...

D'ailleurs cette dimension, cette demande d'écrire, produit un tout autre éclairage sur les romans de Marc Lévy, leurs thèmes, leur abord.

 

Bref : un livre très beau, agréable à lire, un beau moment d'humanité et de transmission.

 

___________.-°=°-.___________

 

quelques extraits... Il en manque beaucoup, j'ai été assez happée par le récit, et même si j'ai gardé en tête certains beaux passages, je n'ai pas pensé à en noter la page pour les retrouver...

 

page 39 : Tu vois, dans cette France triste, il y avait non seulement des concierges et des logeuses formidables, mais aussi des mères généreuses, des voyageurs épatants, des gens anonymes qui résistaient à leur manière, des gens anonymes qui refusaient de faire comme le voisin, des gens anonymes qui dérogeaient aux règles puisqu'elles étaient indignes.

 

pages 424-425 : -Quels enfants ?

- Tu verras, poursuit Samuel dans un délire halluciné. plus tard tu en auras, un, deux, ou plus je ne sais pas, je n'ai plus vraiment le temps de compter. Alors il faudra que tu leur demandes quelque chose de ma part, que tu leur dises que cela compte beaucoup pour moi. C'est un peu comme s'ils tenaient une promesse que leur père aurait faite dans un passé qui n'existera plus. Parce que ce passé de guerre n'existera plus, tu verras. Tu leur diras de raconter notre histoire, dans leur monde libre. Que nous nous sommes battus pour eux. Tu leurs raconteras que rien ne compte plus sur cette terre que cette putain de liberté capable de se soumettre au plus offrant. Tu leur diras aussi que cette grande salope aime l'amour des hommes, et que toujours elle échappera à ceux qui veulent l'emprisonner, qu'elle ira toujours donner la victoire à celui qui la respecte sans jamais espérer la garder dans son lit. Dis-leur Jeannot, dis-leur de raconter tout cela de ma part, avec leurs mots à eux, ceux de leur époque. Les miens ne sont faits que des accents de mon pays, du sang que j'ai dans la bouche et sur les mains.

- Arrête, Samuel, tu t'épuises pour rien.

- Jeannot, fais-moi cette promesse : jure-moi qu'un jour tu aimeras. J'aurais tant voulu pouvoir le faire, tant voulu pouvoir aimer. Promets-moi que tu porteras un enfant dans tes bras et que dans le premier regard de vie que tu lui donneras, dans ce regard de père, tu mettras un peu de ma liberté. Alors, si tu le fais, il restera quelque chose de moi sur cette foutue terre.

 

page 429 : Dans ce champ de chaumes, mon petit frère et moi étions et resterions à jamais deux enfants de la liberté, égarés parmi soixante millions de morts.

 

page 435 : Voilà, mon amour. Cet homme accoudé au comptoir du café des Tourneurs et qui te sourit dans son élégance, c'est mon père.

Sous cette terre de France, reposent ses copains.

Chaque fois qu'ici ou là j'entends quelqu'un exprimer ses idées au milieu d'un monde libre, je pense à eux.

Alors je me souviens que le mot "Etranger" est une des plus belles promesses du monde, une promesse en couleurs, belle comme la Liberté.

 

___________.-°=°-.___________

Les Enfants de la liberté, Marc Lévy, 2007, 435 pages

 

mot-clé : avis, critique de livre

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Plouf_le_loup - dans Livres
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commentaires

Mamikiki 31/10/2010 09:08



En tous cas, ça donne envie de le lire. Je crois que je vais finir par aller à la médiathèque de Flers, car je ne peux pas tous les acheter!!!


Bizzz



Plouf_le_loup 01/11/2010 09:23



Ben franchement, je trouve que c'est la solution idéale ! En plus, on ne regrette pas d'avoir dépensé si le bouquin ne nous plâit pas...



Dilou 22/10/2010 21:44



C'est marrant, je ne pensais pas non plus que tu étais bien l'écriture de Marc Lévy ! Comme quoi hein, on pense savoir mais on sait rien du tout !


Celui ci je n'ai pas accroché du tout, mais je pense que je n'étais pas dans de bonnes dispositions lorsque je l'ai lu ..... je pense qu'un de ces jours je tenterai à nouveau de le lire.



Plouf_le_loup 24/10/2010 08:18



Ah celui-là il est déroutant !


Et oui, j'aime bien Marc Lévy ! C'est carrément bizzarre que tout le monde trouve ça étrange...



Doudoune 22/10/2010 14:07



Alors là, j'en REVIENS pas " tu aimes Marc lévy ?? " comme je sais que tu es très critique sur les livres.... Je ne connais pas du tout et comme je n'entends que des critiques assez
dures...peut-être faites par des BOBO ? Tu me donnes envie, je vais donc emprunter celui de ma Grande Titou. Doudoune



Plouf_le_loup 22/10/2010 19:32



Ben oui, j'aime bien Marc Lévy. Sentimental, pas prétentieux, naïf mais pas niais, plein de bon sentiments et de surnaturel à la louche, et ça se la pète pas un instant (sûrement la raison
profonde pour laquelle ça énerve les bobos et ça se vend bien avec les gens ordinaires qui lisent juste pour le plaisir sans mondanités derrière...).



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