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26 février 2012 7 26 /02 /février /2012 11:16

livre_2012_02_viguerie_pedagogues.jpgLe sujet : Jean de Viguerie nous présente un résumé puis une critique d'un peu moins d'une vingtaine de pédagogues réputés, d'Erasme à Philipe Meirieu. Pédagogues qu'il appelle utopistes en raison de leur inadéquation, selon lui, avec la réalité (de ce que sont les enfants, de ce à quoi sert l'instruction, etc.).

 

Mon avis : Un livre intéressant. Surtout quand, comme moi, on n'y connaît rien et/ou que le sujet ne passionne pas (dans mon cas c'est le moins qu'on puisse dire !). Le livre est court, précis, clair. Assez partisan aussi, l'analyse parfois peu objective, puisque l'auteur part quand même d'un principe simple : lui sait. Donc nul besoin de démontrer ses critiques, étant donné qu'il part du principe qu'il a raison dans sa conception, et du savoir, et de la pédagogie, et de ce qu'est un enfant, etc. Ca tiendrait plutôt bien la route, ne serait-ce que par sympathie et parce que ça ne nuit en rien à son analyse et à sa critique, s'il n'y avait, en fin d'ouvrage, un petit laïus venu comme un cheveu sur la soupe à propos de l'enseignement chrétien, ses fondements et ses principes, qui m'a laissée très perplexe. Même si je partage beaucoup de ses avis, cette petite sortie presque hors sujet sur les raisons de tels avis m'a dérangée, mais je ne suis pas certaine d'avoir réellement saisi le propos et attribué correctement la narration, alors je ne m'étends pas dessus...

J'ai bien aimé, même si je ne l'ai pas notée, la présentation concrète du pédagogue à chaque fois (a-t-il eu des enfants ? Les a-t-il gardés, élevés ? A-t-il enseigné ? Etc.), c'est assez édifiant (et affolant !).

Formellement, la progression d'une théorie à l'autre est mise en évidence avec rigueur et méthode. Pénultième chapitre sur l'utopie de Meirieu, et c'est trooooooop bon de lire le démontage avec humour de ses théories grotesques (qui sont celles en vigueur actuellement dans l'Education Nationale). Dernier chapitre sur les points essentiels à repérer pour analyser une théorie pédagogique et décider si elle est utopique.

Seule Maria Montessori trouve grâce à ses yeux, principalement en raison des fondements de sa pédagogie : l'observation, la croyance en l'intelligence innée de l'enfant, le rôle central de l ' « ambiance ».

 

***

Petit topo inégal que je me suis fait pour moi-même pour résumer le livre, même si c'est brouillon et incomplet, je le partage :

Erasme : l'homme est une bête informe à sa naissance, seule l'instruction el fait homme. Le langage fait le monde et il faut commencer latin et grec le plus tôt possible (dès l'apparition du langage).

Coménius (sera suivi par JJRousseau, Jpiaget, PhMeirieu) : enseigner tout à tous (toutes conditions, hommes et femmes, etc.). L'école fabrique l'homme qui naît « table rase » et est un vase à remplir, uniquement par des professionnels et avec les bonnes méthodes. Ecole automate. Montrer à l'enfant l'utilité de tout en tout. Pas de coups, de brimades, ni de contraintes, pas de surcharge de travail, que le plaisir et le sourire. Est millénariste et voit l'école comme la porte du paradis terrestre.

Les Pessimistes (Pierre Nicole & Bernard Lamy) : le savoir n'est pas une fin en soi, il doit servir à former l'esprit, il faut donc en détourner les enfants qui ont trop grande soif de savoir en soi. Maths supérieurs à tout le reste.

John Locke : beaucoup de conseils d'éducation, pour lui l'instruction n'est pas le centre de l'éducation. Privilégier les « connaissances utiles ». Objectif : la réputation plus importante que la vertu. Ne pas trop instruire pour ne pas farcir les têtes. Forcer l'enfant à jouer à son jeu préféré jusqu'à l'en dégoûter pour qu'il réclame l'étude. Lui faire croire qu'il est libre en le manipulant et en faisant pression en douce. Importance du jeu. L'enfant est une table rase.

Jean-Jacques Rousseau : faire croire à l'enfant qu'il est libre pour mieux le maîtriser et le rendre docile. Jusqu'à 12 ans : RIEN, sur d'intellectuel, juste endurcir le corps. 12-15 ans : physique, géographie et apprentissage d'un métier manuel. Rien d'autre (ni langue ni autre). 15-20 ans : apprentissage théorique du sexe et de la vie sociale. Après 20 ans : la religion sans dogme, les voyages puis enfin le mariage. Rejet des livres qu'il dit haïr, lectures interdites. Rejet du savoir en soi, « plus les hommes savent, plus ils se trompent ». Pas de leçons orales, que de l'expérience (en gros, il faut tout réinventer ou redécouvrir). Enfant stupide qui n'apprend rien par nature, et déteste apprendre, surtout les filles.

Condorcet : enseigner à tous, hommes et femmes. Laïc. Pro-Révolution, il veut l'égalité de tous et « linstruction publique » en est le moyen, il articule tout autour de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Distingue instruction et éducation, qui revient aux parents. Importance des sciences (dans lesquelles il classe beaucoup de choses, y compris la morale). Il pense une organisation sociale complète (très utopique et idéalisée) autour de l'instruction.

Victor Considérant : « école sociétaire », il est pour que tous vivent en commun, adultes d'un côté, enfants de l'autre. Disciple de Fourier. Communauté pour tout. « La nature c'est Dieu ». Individualisation des méthodes. Importance de « suivre sa vocation », mais il réfute l'existence même de certains tempéraments calmes et/ou contemplatifs. Nombreux points communs avec les futures théories de Marx et Engel.

Les pédagogues de l' « éducation nouvelle » (Dewey, Claparède, Ferrière, Freinet, Piaget) : s'inspirent de Coménius, Locke et Rousseau et s'appuient sur les psy (Bergson, Binet, Wjames). Les enfants n'ont pas accès aux « idées », tout est construction. Partir de l'intérêt et du plaisir de l'enfant. Ecoles sans silence, sans obéissance, sans punitions ni récompenses, sans autorité, sans examens. Dimension sociale et politique en plus pour Freinet. Cette « révolution » est celle mise en place partout dans le monde depuis les 60's (??? à mon avis, euh...). L'auteur tient Maria Montessori à part (car écoute l'enfant, et valeurs : travail, silence, liberté, discipline, concentration + rôle de l'observation).

Philippe Meirieu : transmettre les connaissances et former les citoyens. Massification de l'enseignement. Egalité des savoirs et des importances. Méthode qui peut se résumer à yaka (travailler mais il ne dit pas comment, susciter l'intérêt par une mystérieuse méthode quasi magique, etc.). Rôle majeur des exercices où l'enfant se démerde seul ou en groupe. « Appropriation » du savoir. L'école est lieu d'apprentissage de la vie sociale (initiation à l'altérité). Rejet total de la famille, très très négative pour l'enfant. Résumé de sa théorie : abracadabra.

Conclusion : ces pédagogues ne prêtent pas à l'enfant une intelligence innée, c'est leur plus grave erreur. Points à analyser dans une pédagogie pour déterminer si c'est une utopie : - statut de l'intelligence et de la mémoire de l'enfant (innée ou pas, existante ou pas) – statut du savoir (fin en soi, simple outil) – statut du professeur (maître ? Quelle importance ? Quel rôle ?) - considération de l'enfant (manipulation ? Emprisonnement ? Nature des contraintes ?) - statut de la sociabilité (innée ? Doit-on la forcer ? La créer ? Rôle de la famille).

 

***

Feuilletons ensemble quelques extraits...

 

incipit : Dans l'Antiquité grecque, on appelait pédagogues les esclaves qui conduisaient les enfants à l'école.

 

Page 10 : A certaines époques, […] tout ce qui pense veut repenser l'éducation.

 

Pages 12-13 : Or, c'est une chance, le petit enfant est malléable. Sa « matière » est « soumise et obéissante en tout point ». Erasme la compare à la cire et à l'argile, et l'éducateur à un modeleur. Il modèle le petit enfant et en fait un être humain, à la condition toutefois de s'y appliquer sans trêve ni repos.

 

Page 17 : Le vrai maître, le maître digne de ce nom, connaît et respecte cette présence innée de l'intelligence chez l'enfant qu'il enseigne. Il connaît et respecte sa capacité naturelle et spontanée d'acquérir les « principes premiers ». Il sait qu'il ne s'agit pas pour lui de modeler une matière passive, mais de nourrir une intelligence par le savoir qu'il lui dispense, et de collaborer en somme avec elle.

La théorie d'Erasme est à l'opposé.

 

Pages 38-39 : Sur la fin des études, nos deux auteurs [les pessimistes], nous semble-t-il, défient le simple bon sens. Les études, soutiennent-ils, ne doivent servir qu'à former le jugement et les moeurs. Ils se trompent. En effet, si les enfants doivent apprendre, c'est d'abord, cela va de soi, pour s'instruire, pour acquérir des connaissances. Le savoir peut être utilisé à bien des fins, mais il est d'abord une fin en soi.

 

Page 47 : Il [John Locke] s'oppose à ce que les enfants apprennent par coeur des morceaux d'auteur, et il a bien tort en cela, car il n'y a pas de meilleur moyen d'entrer dans l'esprit d'une langue.

 

Pages 136-137 : La pédagogie prend cet être infirme et asocial, cet être qui ne sait pas, qui ne retient pas, qui ne comprend pas, qui ne sait pas non plus entrer en contact avec les autres. Elle prend cet infirme, cet asocial, et en fait un être complet, instruit et citoyen. Elle rend capable cet incapable. Il n'a plus peur du savoir, il n'a plus peur des autres.

A la condition toutefois qu'il accepte d'entrer dans le jeu, et d' « apprendre ensemble ». S'il refuse, comment fera-t-on ? Meirieu prévoit le cas et pose la question. « Comment faire avec l'élève qui délibérément refuse d'entrer dans le jeu et de prendre place dans le collectif ? ». L'exclura-t-on ? Meirieu laisse le jeune professeur en décider, mais à son avis l'exclusion s'impose. Le jeune professeur ne pourra pas faire autrement. Vous aurez « le sentiment, lui dit notre pédagogue, qu'un tel travail requiert un effort collectif », que « le fonctionnement du groupe est compromis » par ce rebelle, et que l'on ne peut accepter pour la bonne cohésion de l'ensemble, « les égarements de quelques uns ». Rousseau bannit de l'Etat celui qui ne veut pas croire en la « religion civile ». Meirieu bannit de l'école celui qui « refuse de prendre place dans le collectif ». La logique de Meirieu est celle du Contrat social : se soumettre à la religion pédagogique ou disparaître. L'Ecole « de la réussite pour tous » exclut ceux qui ne veulent pas « apprendre ensemble ».

 

page 142, note de bas de page : « La seule question qui vaille la peine est de savoir pourquoi il y a une perte de plaisir d'apprendre », Jean-Michel Blanquer, Directeur général de l'enseignement scolaire, cité par Natacha Polony, Le Figaro, jeudi 30 septembre 2010.

 

page 144 : Pendant cette période de plusieurs siècles où le statut su savoir se dégrade, celui du pédagogue qui instruit et éduque, gagne en importance.

Pour les humanistes et pour Coménius, l'enfant n'existe pas sans lui. Il le façonne et même, d'une certaine manière il le crée. Il remplace le père jugé incapable. Chez Rousseau, le « gouverneur » de l'enfant, c'est-à-dire Rousseau lui-même, ne remplace personne, car le père et la mère n'existent pas. Pour Considérant, pour les théoriciens de l' « école active » et pour Meirieu, les parents existent bien quelque part, mais ce sont la pédagogie et le pédagogue qui forment l'enfant. Ce dernier n'est presque rien au début de sa vie, son intellect est passif. Il faut le construire entièrement. C'est l'affaire du pédagogue. La famille n'a pas à s'en mêler. Elle ne saurait que gâter son rejeton, et le protéger abusivement.

 

Page 146 : On ne dira donc plus « les maîtres », les professeurs, mais les « enseignants ». Nous sommes devenus des participes présents.

 

Page 147 : Le livre, c'est la liberté. C'est pour cette raison même que les pédagogues ne l'aiment pas.

 

Page 153 : De même que le malheur est inscrit au départ de l'utopie politique, l'échec est inscrit au commencement de l'utopie pédagogique.

 

Page 154 : Comme on reconnaît l'arbre à ses fruits, on reconnaît l'utopie pédagogique à ses effets calamiteux : la généralisation de l'ignorance et la paralysie des intelligences.

 

Page 155 : L'exposition quasi quotidienne aujourd'hui du désastre scolaire français, n'empêche nullement l'Education nationale de continuer à fabriquer des ignorants. Si nous voulons favoriser le retour à une école non utopique, nous devons aller à la source du mal. Nous devons démasquer le mensonge des pédagogues, et montrer comment, sous des apparences séduisantes, avec des discours hypocrites, ils cachent la haine de l'être et le refus de la connaissance.

 

***

Pour ceux qui auraient un doute sur la dégringolade concrète de l'enseignement dispensé par l'EN, je vous invite (indépendamment de ce livre) à consulter ce document publié sur le site même de l'EN (clic), à propos de l'échec de l'atteinte de l'objectif du socle commun dans les collèges (c'est pourtant pas la mer à  boire, le socle commun !).

***

Les Pédagogues, essai historique sur l'utopie pédagogique, Jean de Viguerie, 2011, 155 pages

***

Merci beaucoup Isableue pour ce prêt ! =^.^=

 

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Plouf_le_loup - dans Livres
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commentaires

Apres21h 02/03/2012 12:02


Plouf ou es tu? Pas de nouvelles... bonnes nouvelles... J'espère que ça va, tes rendez-vous quotidiens me manque déjà(mais mais non je suis pas accro à ton blog....)

Plouf_le_loup 02/03/2012 15:53



Je suis là, pas loin, je traîne aprfois dans le coin ;) Je vais bien, pas de panique, je suis en mode veille. Ca reviendra peut-être...



Edith 01/03/2012 19:41


Bonsoir, l'école Charles Péguy n'est pas une école publique.


Et ils reconnaissent ne faire du Montessori que 2h par jour.

Apres21h 28/02/2012 18:27


Au delà de la critique et des commentaires très interessants sur ce livre, j'adore l'idée que tu puisse choisir un livre dont le sujet ne te passionne pas...


Ca ouvre des perspectives... perso j'ai beaucoup de mal... pourtant ça m'est arrivé une fois, suite à un cadeau, et finalement j'ai bien aimé l'histoire...


J'adore tes articles littéraires  

Marc Lefrançois 27/02/2012 10:24


La pédagogie de Rousseau... Oui, je l'avais prise au sérieux, jusqu'à ce que je découvre qu'il avait abandonné tous ses enfants à l'assistance publique!

Plouf_le_loup 28/02/2012 07:04



Pour ma part, ayant connu sa vie avant son oeuvre (j'habitais à quelques km de sa maison de Montmorency dans mon enfance, c'était un peu la star locale, on connaissait sa vie avant d'être en âge
de le lire), j'ai fait l'économie de cette lecture jusqu'en fac, et mon idée sur le sujet était déjà faite avant, vu ce que je pensais du personnage...



LaMaman 26/02/2012 18:33


Oups, je voulais écrire: "On en était pas..." et "laïcité". Pas bien dormi cette nuit...


ValérieJ

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