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14 mars 2011 1 14 /03 /mars /2011 06:52

livre_2011_03_abecassis_affaire_conjugale.jpgUne nuit, suite à un "pocket call", Agathe découvre que Jérôme, son mari, lui ment, mais aussi ce qu'il dit d'elle aux autres, à ses potes de beuverie... Agathe se met alors à fouiller, et comprend mieux avec qui elle vit, pour qui son amour était aveugle. Jérôme dort sur le canapé, s'enferme dans son bureau où il fume du haschich, boit, regarde des films pornos, va sur des sites de rencontre et alimente son compte Facebook. Il voyage aussi, du moins le prétend-il, et il trompe allègrement sa femme. Pendant qu'Agathe s'occupe de leurs jumeaux de 6 ans et gagne de quoi faire vivre le ménage en écrivant des paroles de chanson...

Quand Agathe demande le divorce, ce semblant d'équilibre explose et la guerre des nerfs est déclarée. Mensonges, tromperies, espionnage, aucun coup bas n'est interdit, manifestement, et le mot de ce qu'on comprend très vite sera lâché vers la fin : pervers narcissique. Malgré sa souffrance, Agathe trouvera le moyen de s'en sortir, et saura faire face, tant bien que mal, en y laissant à peu près toutes ses illusions.

 

Eliette Abécassis a décidément une écriture très juste et sensible, sans virer dans le pathos ni la pitié. Résultat, on peut lire ce genre de roman sans s'identifier outre mesure, sans s'ennuyer non plus, sans que ça ressemble ni à un documentaire ni à un thriller (pourtant le sujet se prêterait avec aisance à tout ça). On dévore ce roman comme un témoignage réel qui ne larmoie pas (yep ! elle n'est pas tombée dans cette insupportable mode télévisuelle !). Seul bémol peut-être : les personnages sont un brin manichéens (pas complètement non plus, mais ça va presque jusqu'à une certaine misandrie un peu convenue) ; cela dit, je pense que dans la vraie vie, ce genre de personnalité rend la réalité manichéenne, alors il ne me semble pas que ça soit un défaut de l'écriture.

 

*****

Feuilletons quelques extraits...

 

incipit : Il n'y a pas de vol entre époux.

 

page 12 : L'amour est fragile. Avec l'ère technologique, il est devenu impossible. Le portable, les ordinateurs et toutes les mutations de notre époque, Internet, Facebook, les sites de rencontre, ont saccagé ses derniers vestiges en dévoilant ce qui constitue, sinon son essence, du moins le garant de sa pérennité : le mensonge.

 

page 25 : Pour bien faire, il faudrait commencer par divorcer. Et se marier ensuite. On ne connaît pas un homme dans le mariage. On ne connaît pas son conjoint lorsqu'on lui fait l'amour. On ne le connaît pas non plus lorsqu'on lui fait un enfant. Tout cela nou égare vers des chemins qui ne sont pas ceux de la connaissance mais ceux de la vie. Non. La seule façon de connaître vraiment son conjoint, c'est le divorce. Là, on prend la pleine mesure de sa qualité humaine, morale, psychologique. On a accès à l'essence.

 

pages 41-42 : On fait un enfant par amour. Peu après, on se rend compte que le couple est mort. On est piégé dans un cercle infernal. Parfois on fait un deuxième enfant. C'est un peu la politique de la terre brûlée.

 

pages 68-69 : Toute relation est inscrite dans les premiers mots, comme dans toute musique les premières notes donnent le ton, le genre, le tempo : on sait, dès le début d'un morceau, s'il s'agit de rap, de jazz ou de trip-hop. Dans les premiers mots échangés, on se dit l'essentiel, ce que l'on est, ce que l'on veut, ce à quoi l'on aspire : ce sont des moments de dévoilement, même à travers les échanges les plus anodins, on dit qui l'on est vraiment, mais aussi ce que sera la relation.

 

pages 93-94 : La vérité, c'est que le mariage est une hypocrisie sociale, que l'amour ets une illusion romantique, que les enfants, loin de souder les couples, en sont les fossoyeurs, que les hommes trompent leur femme, avant de s'en défaire lorsqu'elle prend de l'âge, du poids ou des enfants, ou les trois, avec des temps d'attente plus ou moins longs, selon les individus. La vérité, c'est qu'on commence par s'aimer, par se livrer entièrement, âme, corps et biens, et qu'on finit dans un bureau fermé à clef où s'accumulent les preuve ste les documents de la trahison, de la rancoeur, du mépris et de la haine. Il n'y a pas de vol ni d'effraction entre époux. En revanche, entre époux, il y a : tromperie, manipulation, mensonges et abus.

 

page 129 : Les Seychelles, dit-il, c'est un test pour le couple. Il n'y a rien à faire là-bas. On ne peut pas échapper à l'autre. Ce paradis est un enfer conjugal.

 

page 130 :  Quel homme mettrait de côté sa carrière, sa profession, son corps et même son couple pour donner la vie à un enfant ? Quel homme pourrait l'allaiter, en restant attaché à lui vingt-quatre heures sur vingt-quatre pendant des mois, voire des années ? Ces enfants, c'est moi qui les avais portés, nourris, bordés, c'était en moi qu'ils avaient grandi ; cela, Jérôme ne pourrait jamais me l'enlever? Il n'en avait même pas idée. Il n'imaginait pas l'absolu de l'amour maternel.

 

page 132 : De toute façon, le bonheur conjugal n'existe pas. Le seul bonheur conjugal, c'est le divorce.

 

page 153 : J'étais un monstre monomaniaque. La seule chose qui m'intéressait, c'était mon divorce. Excepté lui, tout m'était égal. Le divorce était mon symptôme, ma névrose, mon os à ronger. J'étais incapable d epenser à autre chose.

 

pages 154-155 : Puis il y eut les amis. C'est là, je pense, dans la divorce, que l'on prend la mesure des amis et des proches. Les surprises sont grandes. Et les déceptions si amères que l'on ne s'en relève pas.

Il y a peu d'occasion de prouver son amitié. Le divorce est de celles-ci. J'avais des amis dont je pensais qu'ils m'étaient proches et fidèles, que je pensais fiables, et qui se révélèrent lâches et fuyants, lorsque je leur demandai une lettre de témoignage. J'ai une amie avec laquelle j'étais fâchée et que je ne voyais plus depuis deux ans, qui en revanche accepta immédiatement, sans sourciller, de me faire la lettre que je demandais. Je mesurai alors, pour la première fois de toute ma vie, la valeur des gens qui m'entouraient, et la sincérité du sentiment qu'ils me portaient.

 

page 157 : Le pire, c'est de se dire qu'on s'est trompé. Le pire, c'est de comprendre à quel point on s'est trompé et pendant combien de temps. C'est de savoir que l'on vit dans un système inhumain et mensonger, que la réalité n'est pas ce qu'on croyait. Le pire, c'est de découvrir la face noire de l'humanité.

 

pages 186-187 : Je m'intéressais à lui, j'essayais de l'aider, d'être rassurante sans être maternelle, d'être présente sans être étouffante, le faire réfléchir sans le contredire, être curieuse sans être inquisitrice, de le valoriser sans que cela se remarque. En fait, grâce à Joanna, j'essayais de construire un couple : le couple idéal, dont je découvris le secret ultime : un couple virtuel, qui ne se rencontre jamais, et où la femme rassure l'homme sans jamais rien lui demander.

 

page 195 : De toute façon, un homme, ça ne sert plus à rien de nos jours. Ca ne fait pas la vaisselle, ça ne s'occupe pas des enfants, ça ne fait mêmepas l'amour, parfois ça ne gagne pas d'argent et ça salit du linge. Dans le cadre du mariage, ça n'assure le statut ni d'époux, ni de père, ni d'amant. C'est juste encombrant.

 

page 261 : C'était le stade d'après la détresse. Celui de la résignation, de l'abandon, de la perdition. Sa souffrance, quelle qu'elle fût, l'avait égaré.

 

pages 268-269 : Il y a des gens qui profitent de votre malheur pour vous saigner à blanc : ce sont les avocats. Il y a des policiers ratés qui jouent les agents secrets et qui feraient mieux de jouer aux cow-boys et aux Indiens : les détectives. Il y a des gens naïfs qui font semblant d'être plus intelligents que les autres : les médiateurs. Il y a ceux qui ont échoué à faire tous les métiers précédents : les notaires. Et ceux qui n'ont pas pu faire le métier précédent : les experts-comptables. Il y a ceux qui s'acharnent à démolir tout ce qu'ils ont construit, maison, couple et enfants : les maris. Et il y a celles qui se laissent prendre par tout le monde : les femmes.

 

page 303 : Ainsi donc, mon meilleur allié dans le divorce n'étiat ni mes amis, ni ma famille, mais le fisc. Solide, fiable, fidèle, subtil, toujours à l'écoute ; on pouvait compter sur lui en toute circonstance : le fisc était mon ami.

 

page 322 : Finalement, j'avais bien fait de me marier : sans cela je n'aurais jamais expérimenté une sensation aussi enivrante que celle de descendre les marches de ce tribunal.

 

page 325 : L'histoire naturelle du mariage : un droit fil tendu entre la Mairie, la Maternité, le Tribunal. Une histoire de bâtiments, plus que de sentiments.

 

*****

Une Affaire conjugale, Eliette Abécassis, 2010, 325 pages

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Plouf_le_loup - dans Livres
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commentaires

Noninoni 09/04/2011 08:00



Ce livre arrive a point ,je l'ai lu en 24hres,je suis en pleine separation et tout est exacte?Helas ici on multiplie par 5.5 et plus pour la PME du divorce...Geniale cette expression ...meme si
cela ne fait pasrire en pratique


MERCI POUR CE LIVRE...



flo 16/03/2011 23:28



Merci pour ces partages de lecture ...


Notre média est en travaux depuis janvier et c'est un peu galère, alors on recommence d'acheter des poches ...


Plein de courage pour toi ...



Mamikiki 14/03/2011 10:41



Exactement le genre de livre que je DOIS pas lire ! car je m'identifierais instantanément. Dans tous les passages que as cités, sauf celui sur le fisc, je me suis complètement reconnue ou
presque!


Bizzz



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